Kaïa

Nouvelles

Il y a un nom...

le 03/11/2006 à 14h24
Il y a un nom… Un nom qui résonne dans ma tête, rien d’autre… Et puis soudain il y a un son. Un son particulier, presque magique. Il me transporte. Et maintenant il y a une voix. On dirait celle d’un ange, tellement elle est douce et mélodieuse…

Maintenant j’ouvre les yeux !

Devant moi, sous le feu des projecteurs se tiennent quatre personnes.

A l’avant de la scène se trouve le chanteur. Il est un peu spécial avec ses longs cheveux argentés mais il est au centre de l’attention et son visage respire la joie de vivre.

A sa droite il y a la guitariste. Ses longs cheveux rouges sont relevés en partie en arrière découvrant ses yeux d’un vert pétillant.

Tout à gauche, c’est le bassiste. Il a un long tatouage noir qui s’étale tout le long de son bras gauche jusque sur son visage, et qui s’arrête en dessous de l’œil. Sa peau est brune et laisse magnifiquement ressortir ses cheveux mi-longs couleur argent eux aussi.

Dans le fond se tient la batteuse, ses yeux jaunes luisent étrangement sous les mèches folles de ses cheveux bleus pâle.

Autour de moi, une foule en délire qui acclame inlassablement le nom du chanteur ;

« Final, Final »


Et moi, qui suis je ?


Je m’appelle Mortia, je suis la batteuse du groupe de rock Celest.


Pourquoi suis je là et à la fois sur scène ?


Parce que j’aime regarder mes amis se donner à fond pour notre musique et notre public.


Comment puis je être à la fois sur scène et ici ?


Grâce à Opale, ma jumelle inexistante…

C’est un corps d’emprunt, une coquille vide, un deuxième moi…

Opale elle n’a pas de vraie vie, elle apparaît comme ça, sans que personne ne la connaisse et disparaît. Opale elle me ressemble, mais elle est aussi très différente de moi… Elle est plus petite, elle a des cheveux courts, bleus pâle, des yeux couleur ambre et elle a l’air sage et douce, elle ressemble un peu à la petite fille que je n'ai jamais été… C’est un peu mon échappatoire, quand ma vie me soûle, je deviens Opale. Mais ça ne répond toujours pas à votre question.


J’ai la capacité de diviser mon âme en deux. Sur scène il y a Mortia la batteuse et là, dans le public il y a Opale l’inconnue. Je vois par ses yeux et entends par ses oreilles, mais j’entends et vois aussi tout ce qui se passe sur scène. Par exemple là, Guest, le bassiste vient de se prendre le pied dans un fil, mais là en bas, ça ne se voit pas !


Opale est fatiguée, elle doit partir, elle ne veut pas disparaître comme ça devant tout le monde. Mortia a besoin de toute sa tête.

Opale s’éclipse. Mortia reprend du poil de la bête.


Le morceau est finit. Je bats un petit solo de batterie, pas trop fort pour matérialiser un fond à la voix de Final. Il prend le micro et arpente la scène de long en large sous les yeux admiratifs et les cris hystériques de ses fans qui tendent vers lui des mains désespérées, dans l’espoir de pouvoir le toucher. Les gardes du corps commencent à réagir. Une fille tombe dans les vapes.


123…


ZIOOOOOOOOOOOOOOOOONG


Daliah enchaîne avec la guitare sur le même rythme que moi. Le public frappe des mains, il nous accompagne.

_Bonsoir à tous !

Cri de la foule. Final a dit une phrase…

_Tout d’abord, j’aimerai vous remercier d’être présent ce soir !!!

Nouvelle vague de hurlement, deux phrases…

_Comme vous le savez tous, aujourd’hui nous fêtons l’anniversaire de notre cher bassiste, j’ai nommé Guest !

C’est l’hystérie, Guest joue un petit morceau vite fait et salue le public. La foule est en délire, les filles tendent leur bras jusqu’à se les arracher. Les gardes du corps s’activent.

_Fidèles à nous même, comme à chaque fois que nous fêtons un événement important, tous les membres de Celest et moi-même avons écrit un petit morceau exclusif pour l’occasion !!!! Régalez-vous les oreilles !

Huée du public, c’est la folie la plus totale.

 

Ouvre les yeux

R’garde le ciel

Vois comme il est bleu

La r’garde pas elle

 

Oublies donc tes souffrances

Pense plus à ton enfance

Oublie ton mal

Redeviens animal

 

Fais donc c’que tu veux

Personne t’en veut

C’est pas ta faute

C’est encore l’autre

 

Pleure pas mon gars

Ca t’as pas l’droit

Elle en vaut pas la peine

Cette espèce de sale chienne

 

R’garde toi mon vieux

R’garde moi tes yeux

Tu r’semble à rien

Arrête de faire le gamin

 

Pense à aut’chose

Ce s’ra plus rose

Et elle oublies-la

Paske là…

 

C’te chienne de vie

Ca d’vrait pas être permis

Prendre un an de plus

C’est vraiment pas juste !

 

Cette chanson est unique, elle est exclusive, elle ne sortira sur aucun cd. Et ils ont même pas écouté, ils ont fait que crier. A quoi ça sert qu’on se casse à écrire des chansons, si c’est pour qu’on les écoute pas. Mais c’est ça qu’on aime, c’est notre vie, c’est pour ça qu’on est là. Pour s’éclater à notre façon alors que les autres cherchent pas à comprendre. Y en a qu’écoutent, y en à d’autres…

 

_Hey Mortia !!! Tu viens, c’est l’rappel !

Des maquilleuses affolées tout autour d’elle, Daliah vient me chercher.

_Fous-moi la paix j’me grille une clope et j’arrive !

Elle dégage les maquilleuses d’un bras et m’arrache ma cigarette de l’autre.

_On t’a déjà dit de pas fumer entre les pauses, t’es incurable ! Snif ! Mais c’est pas de la clope ça !

_Nan, c’est mélange by Mamie Poux ! Inoffensif quoi, tu sais bien que j’ai arrêté de fumer le clope y a un bail !

Je me relève, les maquilleuses mettent un dernier coup de poudre à Daliah et décampent. Elles ont peur de moi. Je les ai terrorisées la seule fois où elles ont essayé de me maquiller. On touche pas à mon visage.

On rejoint les gars. Final m’attrape par la taille et se colle à moi.

_Alors sale gosse, encore planquée à faire des trucs pas nets ?!

Je lui souris, il fait de même. Guest intervient.

_Eh ! J’crois qu’on les a suffisamment laissé s’égosiller maintenant, si on y allait avant qu’ils finissent tous avec une extinction de voix ?

_En voilà une idée qu’elle est bonne ! s’écrit Final en desserrant un peu son étreinte.

_Et si on les laissait hurler jusqu’à ce qu’ils en crèvent pour une fois, ça pourrait être marrant !!


Silence.


_Mortia… Pourquoi t’as toujours des idées aussi morbides ? demande Final suspicieux.

Parce que Mortia en a assez d’être Mortia…

_Je plaisante grande nouille !!!

Je lui fais un super sourire qui dévoile toutes mes dents.

Les voilà rassurés, on remonte sur scène, Final me tient par la main.


Il lâche main et se dirige vers son micro. Trop tard, le public nous à vu. De nombreuses filles me foudroient du regard. Combien de fois devra t on dire que nous ne sommes pas ensemble ? Nous sommes juste très proche, Final c’est juste mon frère… Mais ça personne ne le sait. Même pas Guest, et encore moins Daliah.


Les rumeurs ont fait que les gens ont cru à une liaison entre nous. On a démentit, mais ça sert à rien.


Le morceau commence, j’ai mieux à penser.


Je bas la mesure. Puis le rythme devient plus cadencé. Maintenant, la guitare, la basse. La voix. Un ange. Je vois des ailes briller dans le dos de Final. Ce n’est qu’une impression, je l’imagine souvent. Comme je le vois toujours de dos durant les concerts, j’imagine ce que son visage me laisse deviner. Un ange…


C’est le refrain. Le public chante avec Final. Cette chanson est connue, c’était le premier single de notre album précédent. C’est moi qui l’avais écrite.

 

Mortelle !!!

La vie est mortelle !!

Elle nous entraîne

Dans un tourbillon sans fin

Et pour finir il n’y a plus rien !!

A quoi ça sert

De vivre dans cet enfer

Alors qu’on sait tous que

La vie est mortelle

Mortelle !!!

 

J’me souviens de la réaction de Guest quand il avait lu mon texte.


« C’est pas croyable ça Mortia ! T’as toujours des idées sombres toi, pourquoi t’essayes jamais d’écrire des trucs un peu plus gais ? »


Toujours la même réponse au fond de moi. Mais j’ai rien dit. Ils se sont tous mis à délirer sur ce sujet et en ont oublié de chercher la vérité. En un sens je me disais que c’était mieux ainsi, dans un autre, je leur en ai voulu de pas avoir cherché à mieux me comprendre. Mais ils n’ont jamais cherché à me comprendre, jamais…

 

 

Le concert est finit, on a eu encore pas mal d’autographes à signer avant d’avoir terminé notre soirée. On est sur le point de rejoindre notre taxi pour rentrer à l’hôtel.


_Mortia, tu viens ?

Je regarde Guest et les autres qui m’attendent devant la voiture.

_Non, j’ai envie de prendre l’air, partez sans moi, je prendrais un autre taxi pour rentrer !

_T’es sûre ?Tu veux pas qu’on reste avec toi ?

_Nan, pas la peine, je vais me débrouiller, allez vous reposer, vous en avez besoin !

_Ok, fais quand même attention à toi !

Oui… Comme d’habitude…


Ils entrent dans le taxi. Le taxi démarre. Il s’en va. Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le flot des voitures. Je vais faire un tour, je ne sais où, je vais me changer les idées.

 



Ce matin je me réveille doucement et je me sens étrangement bien. Je m’étale dans mon lit, il est chaud et confortable, rien à voir avec les lits froids que l’on trouve dans les hôtels quatre étoiles. Tiens ? Je ne suis pas à l’hôtel ?


Je me lève et je m’habille. Ce ne sont pas les mêmes vêtements que ceux que j’avais hier. Ce ne sont même pas les miens, ils sont une taille trop petits. Ce n’est pas du tout mon style en plus. Pourtant je me sens à l’aise dedans, et ils me vont plutôt bien !


Je sors de ma chambre et me retrouve dans un long couloir un peu rupestre, comme celui de chez Mamie Poux. Je descends un long escalier, il n’y a pas d’ascenseur. Je me retrouve dans une immense salle à manger, chaleureuse et accueillante. Aucun employé ne vient vers moi pour m’assigner à une table ou me demander ce dont j’ai besoin. Je n’ai pas l’habitude, mais je me sens tellement bien ici ! Qu’est ce que je fais ici, je n’arrive pas à me souvenir de ce que j’ai fait hier soir.


Il y a pas mal de monde, certains ont l’air joyeux, mais au fur et à mesure que je me rapproche du comptoir, les gens semblent de plus en plus tristes, voire choqués. Ils ont tous les yeux rivés vers un petit écran derrière le comptoire. A la télé, une animatrice de journal télévisé s’agite en prenant sa mine des tristes nouvelles. Le barman monte le son.


« … il a en effet été découvert ce matin le corps sans vie de la jeune batteuse du groupe Celest, Mortia Darkinn, au bas du pont Mérénisse. D’après la police il s’agirait d’un suicide mais une enquête est en court, nous vous tiendrons infor… »


_Mademoiselle Opale, vous souhaitez prendre un petit déjeuner ?


Je me retourne, sans voix, le cœur serré vers le jeune serveur qui vient de me parler, il me regarde avec un air d’incompréhension.


Maintenant je me souviens de ce que j’ai fait. J’ai marché sans but, je me suis retrouvée devant un pont très haut j’ai regardé en bas, je suis grimpée sur la rambarde, Opale s’est matérialisée à coté de moi et j’ai sauté.




Une suite, peut être... A venir... 
6h00

Le réveil sonne.

Max se lève.

Elle traverse le couloir silencieux en peignoir et en chaussette.

Elle regarde dans la chambre de Mike son fils. Il dort encore.

Comme tous les matins, elle se dirige dans la salle de bain se brosse les dents et prend une douche.

Elle s’habille.

Il est 6h15. Elle descend dans la cuisine et prépare le petit déjeuner.

Elle allume la télé, baisse le son et regarde les images défiler dans l’écran sans trop les voir.

Son portable sonne. Elle décroche.

_ Allô ?

_ Max !? J’ai besoin de ton rapport sur l’enquête Stevenson de toute urgence, magne-toi de débouler au commissariat fissa parce que j’vais pas attendre trois heures !!!!

_ Boss… Je vous ai laissé ce rapport sur votre bureau hier !

_ Sans blagues ???!!! J’l’ai pas trouvé !!! Ramène tes p’tites fesses ici rapido, il me faut ce rapport dans l’heure qui suit !!!!

_ Et moi je vous dis que je l’ai laissé sur votre bureau hier, alors cherchez le et oubliez-moi jusqu’à ce qu’il soit 8h00 ! J’ai mon fils qui…

_ Rien à cirer de ton fils, si j’ai pas ce rapport dans moins d’une heure je peux dire adieu à ma promotion !

_ Eh bien vous savez où vous pouvez vous la carrer votre promotion, moi j’ai un fils et des obligations, je ne peux pas me permettre de le laisser seul, contrairement à vous je ne fais pas passer mon travail avant le reste ! Alors débrouillez-vous sans moi ! Pour ma part, je n’ai pas reçut de promotion depuis au moins 5 ans !!! Et c’est pas faute de donner tout mon possible pour ce foutu boulot de merde !!! Souvenez-vous de cela et peut être que vous comprendrez pourquoi la moitié de vos salariés ont filé et que votre femme s’est tirée avec votre associé en prenant vos gosses avec elle !

Max raccroche le téléphone, furieuse.

Toujours besoin de tout celui là ! Jamais capable de se débrouiller lui-même quand il a un problème ! J’ai pas que ça à faire de m’occuper de lui moi !

Elle regarde sa montre.

6h30.

Elle se fait un café et allume son ordinateur.

Connexion Internet, e-mail, boite de réception, trois nouveaux messages.

 

Premier message :

 

De James Vans :

 

Ma chérie, ta mère m’a dit qu’en ce moment tu n’avais pas trop d’argent pour t’occuper de ton fils, je sais que tu vas m’en vouloir mais j’ai fais un petit chèque pour toi que j’ai confié à la banque.

Bon courage pour ton travail je t’embrasse. 

 

Merci papa !

 

 

Second message :

 

Carla Bumfot :

 

Melle Vans, votre loyer n’est toujours pas payé, si vous ne payez pas dans la semaine qui suis je vais être obligée de vous expulser de votre appartement.

Salutations distinguées.

Votre concierge Mme Carla Bumfat.

 

C’est ça, un bon verre de vin dimanche soir à la maison et j’ai une semaine de délais en plus, merci Melle Bumfat ! Les gens qui se font passer pour marié alors qu’elles n’ont plus eu personne dans leur vie depuis 13 ans sont de biens tristes gens…

 

 

Troisième message :

 

Brandy Must :

 

Salut môman, y a du nouveau au com’, un suicide, hier sous le pont Mérénisse, tu devineras jamais qui !

Alleeeeeeeeeeeeez devine !

Appelle-moi si t’as une idée !

A tout à l’heure au com’ !

J’t'embrasse môman !

PS : Le Boss est furax, il arrive pas à mettre la main sur le rapport Stev’machin, j’compte sur toi pour arranger le problème !

 

 

Un suicide ? Qui ça peut bien être encore ? D’habitude Brandy ne fait jamais de mystère là-dessus, ça ne l’intéresse même pas en général ! Je me demande qui ça peut bien être…

Bon sang ! 7h00 !

Elle se lève précipitamment et monte à la chambre de Mike. Elle se penche sur lui et l’embrasse.

_ Debout mon cœur, tu va être en retard.

Elle relève une mèche de ses cheveux noirs et l’embrasse à nouveau. Il ouvre ses petits yeux noirs et les frotte péniblement en baillant.

_ Je te laisse cinq minutes pour te lever !

Elle se précipite dans l’escalier après avoir embrassé Mike pour la deuxième fois et met les toasts à griller tout en sortant le pot de chocolat du placard. Elle met un bol de lait à chauffer au micro-onde et remonte dans la chambre de Mike.

_ Allez cette fois il faut se lever !

Elle retire les couvertures du lit de son fils et le petit garçon se recroqueville sur lui-même.

_ Allez allez petite marmotte, tu vas être en retard à l’école, et tu vas aussi mettre maman en retard !

Le garçonnet s’assoit sur son lit et s’étire en baillant. Max attrape un pantalon un pull un t-shirt et des chaussettes dans l’armoire et les pose à coté de Mike.

_ Habille-toi, brosse-toi les dents et descends d’accord, je m’occupe de ton petit déjeuner !

Elle retourne dans la cuisine et s’aperçoit que ça sent le brûlé.

Les toasts ! Oh non ! C’est pas vrai, il n’y a qu’à moi que ça arrive des trucs comme ça !

Elle sort les tartines du grille pain en se brûlant les doigts. Elle les jette sur le rebord de la fenêtre et en met d’autre dans le vieil appareil en mettant le compte minute pour qu’elles ne crament pas. Elle sort le bol de lait du four micro onde et le pose sur la table, pendant ce temps, le chat de la maison, dans un éclair blanc grimpe avec souplesse sur une chaise et contemple avec envie le bol. Max attrape le chat et le remet par terre avant de remplir sa gamelle d’un peu de lait. Mike arrive, les yeux encore à demi fermés et vient s’asseoir à sa place. Le compte minute sonne, Max se précipite sur le grille pain et sauve in extremis les tartines. Elle les pose sur la table et les badigeonne rapidement de pâte au chocolat. Max se prépare le troisième café de la matinée pendant que son fils dévore avec appétit son petit déjeuner.

7h30.

La table est débarrassée, le petit garçon rassasié, débarbouillé, chaussé et il attend sa mère dans l’entrée, son cartable sur le dos. Max arrive en courant à moitié, son ordinateur sous un bras et sa veste sous l’autre tout en tenant d’une main sa sacoche. Elle attrape ses clés sur la petite table de l’entrée et ouvre la porte avant de faire passer son fils dans le couloir de l’immeuble. Ils prennent tous deux l’ascenseur après que Max ait fermé la porte de l’appartement. En bas ils croisent Melle Bumfat qui balaye le hall et qui réclame encore une fois à la jeune maman le loyer du mois.

_ Passez donc à la maison dimanche, on en reparlera, je n’ai pas le temps là !

Elle sort en poussant son fils devant elle et ouvre sa voiture avec le biper de sa clé. Arrivée derrière le véhicule, elle met ses affaires et le sac de Mike dans le coffre tandis que le garçonnet se glisse sur la place arrière. Max s’installe au volant et démarre.

 

 

8h00.

_ Hey Boss !!!! J’ai retrouvé le rapport que vous cherchiez !

Debout sur la pointe des pieds au milieu du commissariat, Brandy, dans son vieux jean délavé et sa chemise froissée brandit fièrement le porte documents verts avec un sourire dynamique aux lèvres.

_ Sans blagues ! Max t’as dit où il était ?

Brandy accoure aux cotés de son patron, juste devant la photocopieuse.

_ Ouaip, il était sur votre bureau !

Le bonhomme fait un bond de coté quand le jeune homme lui colle le dossier sous son nez gras. Il éloigne son cigare du papier et prend le dossier.

_ T’en es sûr, je ne l’ai pas vu moi !

_ Ben en fait, il était planqué entre les dossiers de la semaine dernière et les magasines X que vous avez rapporté hier !

_ Ah euh… Bon, d’accord, allez, file donc, t’as du boulot sur le suicide d’hier !

_ Ouaip, j’attends Max, elle doit m’aider dessus !

_ Elle n’est toujours pas là ? !

_ Pas de panique, elle commence à 8h00 et il est tout juste 8h01, elle va pas tarder… Ah bah t’nez, qu’est ce que j’disais la voilà !

Les cheveux ébouriffés et hors d’haleine, Max rentre précipitamment dans le commissariat et jette ses affaires sur son bureau.

_ Mômaaaaaaaaan !!!!

Brandy se précipite sur la jeune femme et la prend dans ses bras comme ferait un enfant qui câline sa mère.

_ Brandy, s’te plait, la môman n’est pas d’humeur là !

Brandy relâche la jeune femme et lui sourit de toutes ses dents.

_ Ok, j’ai compris, boulot boulot !

_ C’est ça, à commencer par le rapport Stevenson…

_ Plus la peine mademoiselle, Brandy me l’a retrouvé !

Une expression de mépris sur le visage le patron des deux flics passe devant eux. Max le foudroie du regard. Et comme si de rien était, elle se tourne vers son collègue.

_ Alors dis-moi, c’est quoi ce fameux suicide dont tu me parlais ?

Malicieux, Brandy glisse lentement jusqu’à son bureau et se laisse tomber en faisant un petit bond joyeux sur sa chaise.

_ Hé hé, ça t’intrigue hein !

_ C’est bon Brand’, arrête tes mystères, on est pas là pour jouer !

_ No soucy, ceux qu’on doit interroger arrivent que dans deux heures si mes calculs sont bons.

Le jeune homme joue avec un vieux bilboquet en bois qui traîne toujours sur son bureau.

_ Brandy !

Max lève les yeux au ciel, exaspérée et pousse un long soupir avant de s’asseoir à son tour.

_ Vas-y, donne-moi un indice…

Brandy bondit de sa place, se saisit d’une chaise et se pose juste en face de Max puis se rapproche d’elle comme pour faire une confidence.

_ Alors… Si je te dis, « connue » tu réponds quoi ?

_ Une star ?

_ Exactement !! Maintenant si je te dis… hum… agitée !

_ Euh… Danseur, chanteur, musicien ?

_ Bon !!!! Musicien ! Voyons, si je te dis, proche des dieux !

_ Quoi ? Proche des dieux ? Mais c’est quoi ça un prêtre musicien ?

_ Naon ! C’est un nom ! Un nom proche des dieux !

_ Euhm… Là je vois pas… Hum… Un musicien proche des dieux… The Devil’s ?

_ Nan !!!!! Ca c’est plutôt loin des dieux, non, nan ! Plus proche un peu un domaine quoi !

_ Paradize ?

_ Nan !!! Mais presque ! C’est dans le rock !

Max ouvrit alors de grands yeux effarés.

_ Celest ?

Sa voix est devenue un souffle.

_ Exactement ! hurla Brandy la mine victorieuse.

_ Un musicien de Celest !?

Max se relève et semble paniquée.

_ Et ouais !

Max attrape soudain Brandy par le col, paniquée.

_ Qui Brandy ? Qui ?

_ A toi de le deviner !

Brandy toujours souriant repousse gentiment la main de sa collègue et amie, mais celle ci redouble de vigueur et secoue le jeune homme.

_ Dis-moi qui bon sang !! Qui ? Réponds-moi !

Brandy devient un peu plus sérieux et essaye de se débarrasser de la poigne de Max.

_ Ecoute môman, je sais qu’t’aime bien ce groupe, mais faut pas flipper comme ça !

_ La môman elle commence à en avoir plus qu’assez de tes réflexions irréfléchies réponds à ma question !    

Cette fois elle soulève Brandy de sa chaise et elle a crié si fort que tous leurs collègues la regardent avec étonnement au travers des vitres de leur bureau.

_ Ok Ok ! Mollo, je vais te le dire, mais lâche-moi, tu m’étrangle !

Max desserre son étreinte mais ne lâche pas la chemise de son ami et le regarde toujours avec insistance. Brandy reprend son souffle difficilement.

_ C’est… C’est la bassiste… Mortia…

Max se dégage du gars et retourne s’asseoir, anéantie.

C’est pas vrai, pas elle… C’est pas possible bon sang…


Elle appuie sa tête dans ses mains et reste sans rien dire pendant un moment. Brandy la regarde soudain inquiet, il ne pensait pas avoir réveillé tant de peine dans le cœur de son amie, il ne connaît en réalité pas le lien qui unissait la bassiste de Celest et cette femme flics qui avait élevé seule son fils et qui vivait dans un immeuble miteux.

_ Je suppose qu’il va falloir interroger les autres membres de Celest…

_ Euh… Oui…

Le silence le plus plat se fait dans le commissariat, seul la sonnerie des téléphones se fait entendre.

 

10h12.

Final est le premier à entrer dans le commissariat, il affiche un air volontaire et avance d’un pas assuré. Derrière lui, Guest et Daliah le suivent leur visage demeurant sans expression. Ils sont escortés par trois flics qui les conduisent directement devant le bureau de Max et Brandy. L’un d’eux frappe à la porte. C’est Brandy qui ouvre aux nouveaux venus. Il a une mine inquiète et son habituel sourire joyeux n’est plus présent. De son coté, Max a enfin arrêté de tourner en rond et entreprend aussitôt de débarrasser son bureau des innombrables gobelets de café vides.

_ Max, ils sont arrivés…

La jeune femme ne prête aucune attention à Brandy et allume le ventilateur.

_ Max…

Elle se retourne. De grosses poches se sont formées sous ses yeux et elle semble très fatiguée. Pourtant, elle n’a rien fait d’autre que de tourner en rond de toute la matinée.

_ Fais les entrer.

Sa voix est enrouée. Les deux musiciens et le chanteur entrent. Elle les regarde l’air terriblement épuisé.

_ Bonjour, nous allons vous interroger chacun votre tour, par qui commence-t-on ?

_ Par moi ! Final s’avança un peu plus. Je suis la personne du groupe qui était la plus proche de Mortia !

_ D’accord, vous êtes Mr Final Miriam, c’est ça ?

_ Oui !

_ Ok, Brandy, je te laisse interroger l’un des deux autres.

Elle prend le dossier de Final et indique au garçon une chaise devant son bureau. De son coté, Brandy fait s’asseoir Guest et commence à consulter son dossier. Quand à Daliah, on l’envoie dans le bureau de Gari Coper, un de leurs collègues qui vient tout juste d’arriver.

 

Interrogation n°1 :

 

Interrogé : Final Miriam.

 

Interrogateur : Max Vans

 

Mise en marche du magnétophone, consultation vague du dossier de l’interrogé, ingurgitation rapide d’une nouvelle dose de café, prise en note du nom et du prénom sur un calepin et démarrage de l’interrogatoire.

_ Bon, depuis combien de temps connaissez-vous la victime ?

_ Victime ? Vous pensez qu’elle a été tuée plutôt que ça ne soit un suicide ?

_ … Vous ne répondez pas à ma question.

_ D’accord, je la connais depuis l’âge de 7 ans, ça fait donc 15 ans.

_ Quel genre de relation aviez vous avec la euh… personne décédée… ?

_ C’est vraiment le genre de question qu’on pose quand on essaye de connaître les raisons d’un suicide ou est ce que vous me suspectez de meurtre ?

_ Si l’on vous suspectait de meurtre ce serait dans une salle d’interrogatoire qu’on serait pas dans un bureau !

_ Ok ! …

_ … Alors ?

_ Ah oui, pardon, euh… nous étions très proches tous les deux, un peu comme un frère et une sœur…

_  S’entendait-elle bien avec le reste du groupe ?

_ Mais quel rapport je vous suis pas moi là !

_ Répondez, ne posez pas de question, pour le moment c’est moi qui les poses, si vous souhaitez vous plaindre, allez donc voir le Boss !

_ Je n’ai pas l’intention de me plaindre !

_ Alors répondez clairement et simplement.

_ C’que vous pouvez être froide !

_ C’est mon job, on ne fait pas de sentiments dans ce métier, bon à présent vous répondez ou vous voulez que je vous paye un café ?

_ D’acc’, J’pense qu’elle s’entendait plutôt pas mal avec Guest, en revanche c’était parfois un peu tendu entre elle et Daliah, quelque part, je crois qu’il y avait une sorte de rivalité entre elles deux… Par contre je ne serais pas contre un petit café, ça me remonterais !

_ … Vous êtes réellement aussi insensible que ce que vous paraissez être… ?

_ C’est mon job ! Alors, j’y ai le droit à mon café ?

 

Interruption de l’interrogatoire :

 

Max se lève et se dirige vers la cafetière sous le regard de Final qui se laisse aller contre le dossier de sa chaise avec un sourire amusé. Tandis que Max verse le café dans un gobelet, elle ne peut s’empêcher de penser.

Comment peut il être aussi insensible, il dit avoir été proche d’elle comme un frère d’une sœur mais il ne semble pas affecté par son décès, on dirait même que cette situation l’amuse.

Elle prend les deux gobelets, reviens à son bureau et tend un des récipients à Final.

 

Reprise de l’interrogatoire :

 

Remise en marche du magnétophone, nouvelle rasade de café.

_ Bien, y avait il une autre tension quelconque dans le groupe et à laquelle la victime serait mêlée ?

_ Vous avez à nouveau dit victime, vous pensez donc qu’elle a été tuée !

_ Avez vous remarqué quelques signes de dépression ou de stresse chez cette personne ?

_ Vous n’avez pas répondu, ça veut dire que vous le pensez vraiment !

_ Vous a t elle laissé entendre qu’elle avait des envies suicidaires ?

_ Vous commencez à vous énerver, j’ai donc raison !

_ Avait elle des soucis dans sa vie privée ?

_ Vous savez que si vous avalez votre café aussi rapidement vous allez finir avec une crise d’estomac…

_ Avait elle à votre connaissance des ennemis ?

_ … A moins que vous ne terminiez par faire une crise de nerfs parce que vous êtes bien partie là !

 

Interruption de l’interrogatoire :

 

Max a appuyé si fort sur le bouton du magnétophone que celui ci finit par rester bloqué.

_ Pourquoi ne répondez-vous pas à mes questions plutôt que de me raconter n’importe quoi !?

_ Parce que nous pensons tous les deux la même chose, Mortia ne s’est pas suicidée, elle a belle et bien été assassinée !

_ Je ne pense rien du tout ! Je pose les questions nécessaires au bon développement de l’enquête !

Max s’est levée brusquement en disant ces mots et fixe de manière intense le jeune chanteur. Final plonge son regard dans celui de la jeune flic, son sourire s’est effacé et il a un air calme et sérieux.

_ Ce sont les autres membres du groupe et moi-même qui avons demandé qu’une enquête soit ouverte sur la mort de Mortia, alors je veux savoir votre véritable sentiment, pensez-vous réellement qu’elle se soit tuée d’elle-même ou qu’elle a été assassinée ?

Max se rassoie et contemple tristement le garçon.

_ Pour le moment je ne pense rien, les choses ne sont pas encore suffisamment claires à mes yeux…

_ Alors j’espère pouvoir vous être utile dans votre recherche d’informations pour que tout vous paraisse plus clair…

Final sourit gentiment.

 

   

 

Interrogation n°2 :

 

Interrogé : Guest Pevin

 

Interrogateur : Brandy Must

 

Installation décontractée sur le fauteuil, bref coup d’œil au dossier de l’interrogé, préparation du carnet de prise de note, mise en route du magnétophone, démarrage de l’interrogation.

_ Bien, j’me présente, juste histoire de faire bonne figure, je suis Brandy Must, enquêteur, je vais être direct et parler sans détour. Mes collègues et moi n’excluons pas que ce suicide n’en soit pas vraiment un, mais nous ne disons pas non plus que Mortia Darkinn a été assassinée, alors je vous prierais de répondre le plus clairement possible à mes questions sans chercher à me soumettre une quelconque théorie, nous sommes d’accord ?

_ D’accord, c’est vous l’patron !  

_ Pas encore non, mais ça ne saurait tarder !

_ …

_ Bon plaisanterie mise à part, connaissiez vous Mortia depuis longtemps ?

_ C’est Final qui me l’a présentée il y a six ans, j’avais quinze ans et elle quatorze.

_ Bien… Vous ne l’aviez jamais rencontré auparavant ?

_ Non.

_ Quel lien y avait il entre elle et vous ?

_ Ben, une amitié sincère, on s’est toujours bien entendu, mais on ne s’est jamais disputé.

_ Et avec les autres membres du groupe ?

_ Avec Final ils étaient comme frère et sœur, mais avec Daliah il y a toujours eu un peu de tension, je crois qu’elles étaient rivales toutes les deux, mais je sais pas pourquoi.

_ Quel genre de rivalité ?

_ Bah une rivalité entre amies quoi, rien de violent, bien que parfois il leur arrivait de se battre dans le studio pour une raison ou pour une autre mais rien de bien méchant, elles se respectaient l’une l’autre, il n’y a jamais eu de problème notable…

_ Avez vous un attachement particulier avec Daliah ?

_ Je… C’est mon ex-petite amie, mais je ne vois pas ce que ça vient faire là dedans ! Vous ne soupçonnez quand même Daliah ?

_ Je ne porte pour le moment ni soupçon ni jugement, je n’ai pas encore étudié la question. Y avait il eu un problème notable au sein du groupe auquel elle aurait été mêlée ?

_ Non, en général il n’y avait pas de soucis dans le groupe, quand il y avait un différent entre deux ou trois membres, on a toujours tâché de ne pas mêler les autres à ça, en général, les principales disputes c’était soi entre Mortia et Daliah, soi entre Final et moi !

_ Votre amie était elle dépressive ? Semblait elle avoir des problèmes d’ordre personnel ?

_ … Mortia était plutôt bizarre comme fille, elle avait des idées un peu sombres, nos chansons les plus tristes c’est elle qui les avait écrites, mais elle n’a jamais laissé entendre qu’elle déprimait, elle a toujours eu cette étincelle un peu triste dans le regard, mais quand elle jouait elle se donnait à fond et ses yeux reflétaient l’énergie et la joie, alors je ne m’en étais jamais inquiété.

_ Avait elle des ennemis à votre connaissance ?

_ Euh… Elle recevait des lettres injurieuses une fois de temps en temps parce que certaines fans étaient persuadées qu’elle sortait avec Final, mais il n’y a jamais eu de menaces, pas à ma connaissance en tous les cas !

_ Recevait elle beaucoup de lettre de ce genre ?

_ Quand la rumeur venait de naître elle en recevait à peu près cinq ou six par semaine, les fans ne sont pas toutes rancunières, heureusement ! Après, ça s’est tassé et elle en recevait au pire deux tous les quinze jours.

_ Ce n’est pas non plus négligeable. Elle ne vous a vraiment jamais parlé de menace ?

_ Non, et je pense qu’elle n’en recevait pas, en général les lettres de fans on les lit tous ensemble puisque c’est nos managers qui nous les donnent, on ne les reçoit pas directement chez nous !

_ Elle recevait beaucoup de lettres ?

_ Pas mal oui, mais moins que nous autre, elle était la moins populaire du groupe.

_ Et cela ne la gênait pas d’avoir moins de charisme que vous ?

_ On en a déjà parlé avec elle, mais elle nous a toujours soutenu qu’elle ne s’en plaignait pas parce qu’elle elle pouvait se balader dans la rue sans être assaillie de fans.

_ Et elle ne vous a jamais laissé entendre qu’elle souffrait ou qu’elle avait des intentions suicidaires ?

_ Non, ni à moi ni aux autres apparemment, on s’est concertés tous les trois à ce sujet après l’annonce de sa mort, elle n’a jamais rien dit à ce niveau là, c’est pour cela que nous avons du mal à croire à un vrai suicide.

_ Hum…

 

Interruption de l’interrogation :

 

_ Entre nous, vous ne pensez vraiment pas que cette fille était dérangée ? Elle m’a toujours parût bizarre !

_ Vous faites souvent ce genre de chose lorsque vous interrogez les gens ? Mortia était très seine d’esprit, un peu bizarre, je l’accorde mais loin d’être folle, elle avait des idées très fixes et ne faisait jamais rien sans raison.

_ D’accord, d’accord, désolé, vous énervez pas, je suis juste curieux, et cette fille était une curiosité pour moi !

_ Mortia n’était pas un animal de zoo, alors faites votre boulot et gardez vos questions personnelles pour vous !

_ Ok ! Désolé, oubliez ça, on va reprendre.

 

Remise en route magnétophone, reprise de l’interrogation…

 

 

 

Interrogation n°3 : 

 

Interrogée : Daliah Souch

 

Interrogateur : Gari Coper

 

Ajustage de lunettes, lecture rapide des principaux points du dossier, mise en route du magnétophone démarrage de l’interrogation.

 

_ Je me présente, Gari Coper, enquêteur. Vous êtes Daliah Souch, guitariste du groupe Celest dont faisait partie la disparue, c’est bien cela ?

_ Exact…

_ Bien, je vais vous poser quelques questions, vous serez priée de répondre clairement et sans détour.

_ Normal…

_ Eh bien commençons puisque vous êtes prête. Quand avez vous connu Mortia Darkinn ?

_ Y a six ans, c’est Final qui nous l’avait présenté.

_ Vous ne l’aviez jamais vu avant ?

_ … En fait je la connaissais déjà, elle était dans le même club de sport que moi quelques années avant, mais y avait pas eu d’affinité entre elle et moi.

_ Quel genre de sport ?

_ … Gymnastique rythmique.

_ Combien de temps ?

_ Deux ans.

_ Quel âge aviez vous toutes les deux ?

_ Elle dix, moi treize.

_ Et il n’y avait rien du tout entre vous ?

_ Non, nous n’étions pas du même genre, je ne fréquentais pas ses « amis »

_ Pourquoi ce ton quand vous dites amis ?

_ Parce que je ne pense pas qu’ils aient réellement été ses amis, vu ce qui lui ont fait !

_ Il lui est arrivé quelque chose de particulier ?

_ Ses pseudo-potes se faisaient racketter, et un jour leurs agresseurs leur ont demandé de payer en nature, ils ont envoyé Mortia à leur place.

_ Et… Elle a payé pour eux ?

_ Non, Final c’est occupé de leur cas avant qu’ils aient eu le temps de la toucher.

_ Et ils n’ont pas menacé de se venger ?

_ Si, mais ces types sont tellement stupides qu’ils s’en seraient pris à Final pour se venger, plutôt que d’avoir l’intelligence de s’en prendre à Mortia pour le faire souffrir.

_ On ne sait jamais.

_ Ce n’est pas à cause d’eux qu’elle est morte, ça remonte à trop longtemps, et ce genre de mecs ont peur des gardes du corps et préfère oublier quand ils n’ont aucune chance.

_ Et d’après vous, qui aurait pu la « pousser » à mourir ?

_ J’en sais rien moi, j’suis pas dans sa tête !

_ Elle n’était pas déprimée ?

_ Non, en tous cas, si c’était ça, elle ne l’a pas laissé voir.

_ Et il n’y a rien dans son comportement ou sa façon de parler qui aurait pu vous mettre la puce à l’oreille ?

_ Non rien du tout.

_ Vraiment rien ?

_ Non j’vous dis elle racontait parfois des trucs de psychopathe, mais en général c’était pas elle qu’elle voulait trucider.

_ Elle avait des intentions de meurtre ?

_ Non, un humour noir !

_ Ah… D’accord… Et, elle s’entendait bien avec vous et les autres membres du groupe ?

_ Ouech, plutôt ! Final c’était son grand frère, quoi, dans leur façon d’être l’un envers l’autre, et Guest c’était son meilleur pote j’crois bien.

_ … Et avec vous ?

_ Bah, coup-ci coup-ça, on s’tappait sur la gueule une fois de temps en temps, mais rien d’bien méchant, c’était une fille bizarre et moi j’suis pas très sociable, alors y a des fois, ça collait pas.

_ Vraiment, vous ne vous supportiez pas l’une l’autre ?

_ Eh oh ! Faut pas exagérer non plus ! Mortia c’était une super copine, et même si on s’disputait assez souvent, on s’aimait bien toutes les deux !

_ D’accord, je vous crois, je vous crois, calmez-vous ! Continuons plutôt ! Y avait il un problème particulier au sein du groupe ou au niveau de l’équipe qui vous entourait ?

_ Non.

_ Et dans sa vie privée, familiale, y avait il des soucis.

_ J’sais pas trop, en général je parle pas trop de ce genre de truc, j’ai pas mal de problèmes à ce niveau là alors j’évitais d’aborder le sujet, d’autant plus que Mortia était du genre à s’inquiété pour trois fois rien des fois alors comme je voulais pas l’avoir sur le dos j’disais rien.

_ Etait elle au courant de ça ?

_ Ouais un peu, vous croyez quand même pas qu’elle s’est suicidée parce que j’avais des problèmes familiaux.

_ Non, c’est vrai que ça ne serait pas logique… Hum… Subissait elle une quelconque agression mentale, des harcèlements peut être ?

_ Non, juste des lettres d’injures quand la rumeur qui disait qu’elle sortait avec Final a commencé à s’étendre.

_ Des injures ? Beaucoup ? Y avait il des menaces ?

_ Elle en recevait un certain nombre au début, mais maintenant ça s’est espacé, elle en recevait quasiment plus avant de… Enfin, de sauter quoi ! Mais y a jamais eu de menaces.

_ D’accord… Y avait il des personnes un peu trop fanatiques qui l’entouraient, ou quelque chose du genre ?

_ … L’est bizarre vot’ question ! J’pense pas, vous croyez qu’il s’agit d’un crime passionnel ?

_ C’est une solution à ne pas écarter, avait elle des en…

_ Attendez, maintenant que vous le dites je… Il me semble qu’il y avait une personne du genre collante.

_ Comment ça ?

_ Eh bien, j’ai remarqué y a un moment déjà une fille qui était toujours présente à tous nos concerts, comme si elle nous suivait à la trace !

_ Mais ce n’était peut être pas Mortia qu’elle venait voir si souvent.

_ Ben j’pense quand même que si…

_ Et qu’est ce qui vous fait croire ça ?

_ Elle était chelou, elle avait l’air toute sage toute mignonne, mais elle ressemblait vachement à Mortia, les yeux, les cheveux, comme si elle avait tout fait pour, et elle disparaissait toujours avant la fin d’un concert, parfois même elle disparaissait au milieu puis revenait un peu plus tard.

_ Elle disparaissait ? Dans un mouvement de foule peut être ou alors elle partait plus tôt que les autres spectateurs !

_ Non, non ! Je sais ce que je dis, elle disparaissait, je la regardais, je clignais des yeux et paf ! Plus là, et plus nul part ailleurs !

_ … Et vous l’avez déjà rencontrée ?

_ Non, elle n’est jamais venue nous voir.

_ … Un instant vous permettez.

 

Interruption de l’interrogation.

 

Gari se lève et sort de son bureau. Il entre dans celui de ses collègues. Assise au sien, Max le visage plus soucieux que jamais semble avoir vieilli d’au moins cinq ans. En face d’elle, Final Miriam, un sourire calme aux lèvres répond paisiblement à ses questions. Plus loin, avachit sur sa chaise, Brandy semble un peu crispé, le jeune Guest Pevin semble un peu froid, encore une chance pour le jeune enquêteur, il n’a pas eu à faire avec Daliah Souch. Gari contemple le tableau un peu perturbé, il n’est pas habitué à cette ambiance. Il fait un signe à Max et Brandy. Les deux interrompe leur travail, s’excuse auprès de leurs camarades de jeu et rejoignent leur collègue. Max, anxieuse est la première à demander si Gari possède un indice important.

_ Pas vraiment, il semblerait juste qu’une espèce de fanatique suive le groupe dans tous ses concerts.

_ Une fanatique ? demande Brandy intrigué.

_ Ouaip, une fille qui ressemblerait beaucoup à la victime et qui est présente à tous les concerts !

_ C’est Daliah qui t’a raconté ça ? questionne Max.

_ Ouaip, allez voir si les autres ont remarqué !

_ Ok !

 

 

 

Reprise de l’interrogation de Final Miriam :

 

_ Mr Miriam…

_ Final

_ Final, notre collègue vient de nous informer qu’il y aurait probablement une fanatique qui vous suivait à toutes vos représentations !

_ … Une fanatique ?

_ Une personne qui ressemblerait fortement à votre amie…

_ … Non, je ne l’ai jamais vue, c’est Daliah qui a raconté ça à votre collègue ?

_ Oui…

_ Alors si elle le dit, c’est sans doute que c’est vrai, dans le groupe on l’appelle « œil de lynx » elle voit tout !

 

 

 

Reprise de l’interrogation de Guest Pevin :

 

_ M’sieur Pevin, on a du nouveau apparemment !

_ Sur la mort de Mortia ?

_ Pas vraiment, avez vous déjà remarqué une personne ressemblant à votre amie et étant toujours présente lors de vos concerts ?

_ Non pourquoi ? Y a une de nos fans qu’est venue témoigner ?

_ Non, mais d’après Melle Souch, il y aurait une fanatique de Mortia qui vous suit partout !

_ Sans blagues ? Elle ne nous en a jamais parlé !

_ C’est sans doute que cela lui semblait sans importance.

_ Et voilà, « œil de lynx » a encore frappé sans prévenir…

Il y a un nom - partie 3

le 02/03/2007 à 19h30
_ Dites donc jeune fille ! En retard dès votre premier jour ? Dépêchez de rejoindre votre classe avant que je ne vous envoie chez le directeur !

_ Tout de suite Madame !

C’est bien ma veine, je commence enfin une nouvelle vie et mon réveil ne sonne pas, il n’y a vraiment qu’à moi que ce genre de chose arrive. Je cherche ma salle de classe. Je me suis inscrite dans mon ancienne fac. Enfin, dans la fac que fréquentait Mortia, aujourd’hui c’est moi, Opale qui m’y rends pour prendre des cours. Grâce au compte en banque sans nom, muni juste d’un code que j’avais ouvert au cas où, je me suis payé un petit studio pas très loin de la fac. Je vais enfin pouvoir mener une vie d’étudiante normale.

Salle 4.

C’est ça !

Je frappe.

_ Entrez !

_ Excusez mon retard monsieur, je m’appelle Opale Ténésie, je suis la nouvelle élève.

_ Eh bien vous commencez bien votre année, allez vous asseoir, nous allons peut être enfin démarrer le cours !

Un sourire d’excuse aux lèvres, je vais m’asseoir dans les gradins au fond, comme au bon vieux temps, sauf que cette fois, je suis seule, il n’y a pas Final pour me taquiner quand je suis fâchée contre le prof, ni Guest pour m’aider à comprendre le cours, ni Daliah avec qui me disputer et pour finir par me faire virer de la salle. Non, il n’y a plus tout ça, tout ça, ça n’appartenait qu’à Mortia, mais aujourd’hui Mortia n’est plus, elle n’existe plus et je dois l’effacer de ma mémoire, je suis Opale, Opale !

Bon essayons plutôt de voir quel genre d’élève il peut y avoir dans cette classe. A coté de moi il y a un garçon, cheveux méchés de rouge coiffés punk, piercing a la lèvre, yeux bruns, i-pod dernier cri, écouteurs à fond dans les oreilles.

Musique ?

Celest !

Décidément, je ne suis pas prête d’oublier Mortia.

Voyons un peu plus loin. A coté du punk, un garçon qui ne semble pas trop s’intéresser au cours, il a les cheveux noirs et coiffés vers l’avant cachant ses yeux d’un bleu magnifique, un emo, à n’en pas douter, mignon mais bon passons. Juste à sa gauche, une fille brune aux yeux verts griffonne un dragon rouge sur sa feuille. Sympa. Je regarde dans le reste de la salle, c’est marrant, dans les classes artistiques, on trouve tous les looks différents et possibles ! Il y a un gothique là bas à l’avant, et au milieu, une fille avec de grandes couettes roses et des casses tête chinois en guise de boucles d’oreilles. Il y en a pour tous les goûts, tous plus farfelus les uns que les autres, mais il y en a aussi des simples. Je me demande si je vais pouvoir me faire beaucoup d’ami là dedans, je suis du genre, pas très sociable, pas autant que Daliah mais quand même. Allons bon ! Voilà que ça me reprend, je ne suis pas Mortia, je suis Opale, rien ne me dit que Opale est aussi associable que l’était Mortia.

Je me tourne vers mon voisin, il n’a pas l’air de me remarquer, je lève les yeux vers l’emo.

Oups !

Il me regarde !

Ses yeux sont vraiment magnifiques. Il me sourit, je lui rends et je reporte mon attention sur ma feuille blanche. Bon de quoi parle le cours ?

 

        Pffffff ! Ce cours était d’un ennui ! La prochaine fois, moi aussi j’emmènerai mon i-pod. Ah oui, il faut que je m’en achète un avant. L’avantage d’avoir un compte rempli par une star de la musique, c’est qu’on a de quoi faire. Mais bon, je vais rester économe, cet argent me sera utile pour mener une vie normale, alors je me contenterai d’un mp3.

Hum… Mon estomac cri famine, où est la cafet’ déjà ?

Je me promène sur le campus, le nez au vent à la recherche de la cafétéria. Ah c’est ici il me semble !

Mais ? Où sont passées les tables, les chaises et les étudiants en train de se goinfrer de kebab ? Il n’y a plus qu’un vieux bâtiment délabré, les vitres sont cassées et l’intérieur est recouvert de poussière.

_ A quoi tu penses ? Me dis pas que tu vis encore avec les anciens, la cafet’ a déménagé depuis longtemps !  

Je me retourne, le punk, un ton fort aimable dites-moi, il l’a reçue où son éducation celui là ?

_ Ah bon, j’avais souv… On m’avait dit qu’elle était ici.

_ J’sais pas qui t’a dit ça, mais elle a flambé l’année dernière, ils en ont improvisée une autre dans l’un des préfa, i’ s’en construisent une nouvelle un peu plus près du bahut.

_ Ah bon… Je ne savais pas.

_ T’es nulle !

_ Eh, j’te permets pas ! Pour qui tu t’prends, me juge pas sans me connaître !

_ Woh ! La v’là qui prend ses grands airs ! Ecoute-moi princesse, c’est pas paske t’es le sosie d’une star que tu peux te croire intouchable !

Je m’étrangle.

_ Quoi ?

_ Quoi, quoi ?

_ Je suis le sosie de personne moi ! Je suis moi Opale, et personne d’autre !

Il se penche sur moi et me regarde dans les yeux.

_ Dis donc, t’as de la voix pour une mignonne petite lolita !

_ Une lolita, moi ? Mais ça va pas non ?

_ T’es bizarre toi, t’as une personnalité drôlement différente de l’idée qu’on s’en fait quand on te vois !

_ Mais t’as finit de me baratiner ?

_ Mais c’est qu’elle se laisserait pas faire la p’tite, rrrr ! Une vraie tigresse.

_ Et mon poing dans ta figure tu veux voir si c’est çui d’un tigre ?

Il bondit de coté et fait une pirouette en me narguant d’un air moqueur.

_ Mais c’est qu’elle attaquerait en plus ! Wouhou ! J’ai peur, je vais me faire dessus !

Cette fois c’en est trop, ma patience, ou plutôt celle de Mortia qui semble ne pas vouloir s’effacer de ma mémoire a des limites. Je jette mon sac au sol et m’approche menaçante du garçon qui continue de faire le pitre. Je lève le poing vers lui et…

_ Dave ! Qu’est c’tu brandouille ?

Le dénommé Dave tourne la tête en direction de la personne qui l’appelle. C’est un grand type à la peau blanche aux cheveux et aux yeux noirs. Il est accompagné de toute une bande de roublards qui font les malins. Je le reconnais, et quelques membres de sa troupe aussi, j’ai eu affaire, enfin, Mortia a eu affaire à eux pendant le collège, ils lui avaient cherché des noises, et Final leur est tombé dessus à coups de matraque. Ca les avait calmés, et plus jamais on a entendu parler d’eux.

_ T’inquiètes j’arrive, je f’sais juste connaissance avec la nouvelle !

_ Cette « tête de bleu » ? J’y crois pas, mon gars, faut qu’tu décolle des trucs comme ça, c’est comme ton groupe pourri là qu’t’écoutes tout le temps, c’est trop nul !

_ Wah eh ! Critiques pas ! Celest c’est le meilleur groupe qui soit !

_ C’est ça, et ma grand-mère fait du vélo.

Mon « nouvel ami » rejoint ses petits copains pour aller faire mumuse dans la cours de récrée, bon débarras, et ça m’évitera de m’esquinter mes petits poings ! J’attrape mon sac d’un geste bourru et je repars à la recherche de la cafétéria. J’avance parmi les élèves comme je peux tout en cherchant un endroit où manger pensant de plus en plus à aller m’acheter un casse croûte au bar du coin. Finalement je trouve enfin la caf