Kaïa

Les mots d'amour

le 30/03/2007 à 23h04

Quel était le refrain du jour


Si je l'oublie je cède encore


J'aimerai écrire des mots d'amour


Jeter l'éponge un peu


Tenter le sort


Une pause ici


Pour poser là


Entre deux conflits entre deux coups d'éclat


Une pause pour dire autour de moi


Mon ami, mon frère, mon amour


Ecoutes moi



Yalata yalata yalatamtam


Des mots pour toi mais que je n'dis pas


Yalata yalata yatamtam tadaaaa


Yalata yalata yalatatam


Des mots pour toi mais que je n'dis pas


Yalatam yalata yalatamtam


Ceux là





 


Les mots d'amour Debout sur le Zinc


Anti mec

le 30/03/2007 à 23h48
Tout à l’heure je roulais sur mon scooter dans Paris

 

D’une voiture au feu rouge un mec me dit

 

"Eh madame il est quelle heure ?"

 

J’lui réponds midi

 

I m’dit "Madame qu’est c’que t’es bonne tu veux pas m’faire une pepi ?"

 

Ses potes rigolent sur le moment j’n’ai pas compris

 

J’réponds "Mon grand c’est pas comme ça qu’on parle aux gens

 

Tu n’aimerais pas qu’on parle comme ça à ta maman !"

 

Le mec me r’garde

 

Avec une tête de chien d’garde i m’fait

 

"Vas y parle pas d’ma mère ou j’te défonce !"

 

J’lui réponds

 

"Du calme Alphonse !

 

J’te connais pas tu m’agresses !

 

C’est quoi c’manque de délicatesse ?

 

On t’as pas dit d’traiter les femmes comme des princesses ?"

 

I m’dit "Ouais mais toi j’te baise !"

 

J’lui dis "Ben nan justement

 

C’est ça l’malaise !"

 

 

Refrain


 

Tu sais que

 

Garçon si t’enlève la cédille ça fait garcon

 

Et gare aux cons ma fille gare aux cons !

 

Gare aux cons gare aux cons

 

Qui perdent leur cédille

 

Dididoum dididam

 

Dididididididam

 

Garçon si t’enlève la cédille ça fait garcon

 

Et gare aux cons ma fille gare aux cons !

 

Gare aux cons gare aux cons

 

Qui perdent leur cédille

 

Dididoum dididam

 

Didididididam

 

 

J’continue mon chemin

 

Au feu suivant j’entends

 

"Eh grosse cochonne quand tu veux j’te prends !"

 

C’est encore Alphonse avec sa tête de gland !

 

J’lui dis "Là tu t’enfonce, c’est indécent !

 

J’y crois pas mec

 

Redescends d’ta planète

 

Tu t’prends pour Tony Montana t’as même pas d’poil sur la quéquette !"

 

I m’dit "Vas y sois pas vulgaire

 

Tu vas voir où j’vais t’la mettre !"

 

J’lui dis

 

"C’est moi qui suis vulgaire ?

 

Non mais là c’est la fête !

 

Je rêve !

 

Pour qui tu t’prends maintenant tu t’arrêtes !"

 

Je descends il descend

 

J’dis "C’est l’bordel dans ta tête 

 

Qu’est c’tu compte faire ?

 

Là t’es en galère !

 

J’veux des excuses j’attends et j’lâcherais pas l’affaire !"

 

I me dit "Non toi tu t’excuses espèce de vieille sorcière !"

 

"C’est la meilleure

 

J’te donnais l’heure j’aurais mieux fait d’me taire !"

 

 

Refrain


 

 

Voilà comment parlent certains garçons

 

Quelle honte !

 

Il mériterait une bonne leçon !

 

"Tu veux jouer ?

 

On va jouer !"

 

J’lui dis "Baisse ton caleçon 

 

Tu parle beaucoup ça manque d’action !

 

Tu m’as demandé un fellation ?"

 

Tout à coup Alphonse a une révélation !

 

Il renonce et me dit

 

"Ouais vas y c’est bon lâches moi pardon !"

 

J’lui dis "C’est bien !

 

Là t’as l’air moins con !

 

C’est pas normal d’avoir besoin d’parler aux femmes de cette façon

 

Y a un sérieux problème d’éducation !

 

Pourtant

 

J’suis sûre qu’t’as un bon fond !"

 

I m’dit "T’as raison !

 

J’me sens tout bidon !

 

C’est mes potes qui m’poussent

 

J’ai la pression !"

 

J’lui dis "C’est bon pleure pas i manquait plus qu’ça"

 

Alphonse qui fond en larme dans mes bras !

 

 

Refrain

 


Antimec - S

Artang - chapitre 4

le 18/06/2007 à 22h22

Chapitre


IV


 

 

 

  Ma colère et ma frustration étaient si fortes qu’elles m’embrouillèrent l’esprit pendant plusieurs heures. Lorsque je me fut calmé et que mes idées furent à nouveau claires, le soleil était déjà très haut dans le ciel. Je me trouvais à présent très loin de mes compagnons, alors que je m’arrêtais et descendais de cheval, je me demandais s’ils m’avaient suivi. Préférant rester seul, j’espérais que ça ne soit pas le cas. Perdu dans mes pensées, je marchais machinalement vers un étang afin d’y faire boire ma monture. Je m’assis en tailleur au bord de l’eau laissant les rennes sur l’encolure de Flèche de manière à ce qu’il puisse se promener librement. Fatigué, j’appuyais ma tête dans le creux de mes mains, accoudé à mes genoux et me laissais aller à la rêverie. Apaisé, j’écoutais le son autour de moi, j’entendis mon destrier crapahuter dans l’eau, les oiseaux gazouiller dans les arbres et le ciel ainsi que le doux bruissement de leurs ailes, le vent souffler dans les épaisses branches des sapins alentours et les torrents glacés s’écoulant des montagnes qui s’élevaient à ma gauche. La faim me titillait le ventre, mais le calme m’entourant m’entraîna dans un sommeil sans rêve.

Une langue râpeuse et le souffle chaud d’une bête reniflant mes cheveux me tirèrent de mon sommeil.

_ Flèche, fiche-moi la paix tu veux ! fis-je en repoussant le museau qui surplombait mon visage. Celui-ci était rugueux et brûlant comme des plaques de métal chaud superposées. Surpris par cette texture inhabituelle pour le pelage d’un cheval, je fis un bond de coté et portais aussitôt la main au pommeau de ma vieille épée. Face à moi, fier et orgueilleux se dressait un dragon plus grand que moi de juste quelques pieds aux écailles rouges et scintillantes. Il était chevauché par un chevalier colossal vêtu d’une armure luisante d’argent. Cette apparition totalement incongrue me laissa bouche bée d’étonnement. Mon regard allait des yeux flamboyants de reptile au heaume ferraillé de son imposant cavalier.

_ Tu te réveille enfin maraud ! déclara une voix caverneuse du fin fond de l’armure.

_ Qui es tu ? demandais non sans méfiance.

_ Quel culot ! Tu oses me tutoyer vilain ? se rengorgea t il en dégainant son épée. Mon nom est Cerfon du Poiret, fils de Durtane, Seigneur des Monts Calarius et du territoire de Valennes. Faisant glisser à mon tour la lame de son fourreau, et la posant sur ma poitrine comme le veut le code seigneurial du civisme je me présentais en levant la voix de manière à ce que mon interlocuteur puisse m’entendre :

_ Je me nomme Adrien Fermafeu, fils de Aaron Fermafeu, Seigneur de tout Artang et je te salut chevalier du Poiret !

L’homme en face de moi se crispa dans un crissement de fer sur sa monture qui laissa échapper un nuage de fumée de ses naseaux. Sans dire mot, le chevalier glissa péniblement de sa selle dans la cacophonie des crissements et gémissements de son armure, se prit le pied dans l’étrier, battit l’air des bras pour retrouver l’équilibre et enfin, s’écrasa lourdement et misérablement sur le sol. Son épée vola à quelques pas de lui et finit sa course dans l’étang avec un bruit d’éclaboussure. Retenant à grand peine un fou rire, je rangeais mon arme et me précipitais aux cotés de l’homme pour l’aider à se relever.

_ Fichue armure ! grogna t il en retirant son heaume. J’eu d’abord un sursaut surpris. Sous le casque d’argent, là où aurait dû se trouver la tête du chevalier, il n’y avait rien. Mais ma seconde réaction fut cette fois de laisser éclater mon rire en voyant qu’en vérité, seule une petite touffe de cheveux oranges dépassait de l’armure. Alors que je me gaussais en me tenant le ventre et en tapant le sol du pied, Cerfon du Poiret se dégagea de sa ferraille.

_ C’est bon ! Inutile de te moquer seigneur Adrien ! Malgré tout le respect que je te dois, je n’hésiterai pas à te charcuter les côtes si tu continu !

_ Me charcuter ? Avec quoi ? Ton épée est à l’eau ! gloussais je, hilare en me roulant par terre.

_ Il faut avouer que la situation est plutôt cocasse mon pauvre Ulrich. déclama le dragon de sa voix ténébreuse, me calmant du même coup, Quelle idée puéril as tu eu de te faire passer pour un fier chevalier dans l’armure de ton père qui est à l’évidence bien trop grande pour toi !

Je me redressais et, gardant un sourire amusé aux coins des lèvres, j’observais le curieux duo. Le dragon aux allures majestueuses et fières et au regard profond paraissait impressionnant malgré sa petite taille par rapport au jeune garçon trop maigre qui se tenait maladroitement à ses cotés et dont les cheveux roux flamboyaient sous le soleil. Celui ci me regardait en coin, sur son visage couvert de taches de rousseur s’affichait une mimique boudeuse. A son attitude et à son physique me faisait penser à Jessie. Il se dandinait d’un pied sur l’autre l’air gêné, puis se mit à parler :

_ Pardonnes moi mon insolence Seigneur Fermafeu, mais j’ignorais qui tu étais et je n’aurais jamais imaginé te rencontrer ici ! Mon véritable nom est Ulrich Makenbourg, mais je suis réellement le fils de Durtane. Et voici Tarkane un dragon gardien des tours qui s’est fait mon ami !

L’adolescent s’inclina légèrement en guise de salutation, visiblement mal à l’aise tandis que son compagnon esquissait une révérence tout en souplesse.

_ Eh bien me voici heureux de faire ta connaissance Ulrich, et toi aussi, maître dragon ! Mais je vous en pris, pas de chichi avec moi, je ne suis plus seigneur j’ai quitté le palais de mon père pour voyager à travers le monde…

_ PLUS SEIGNEUR ? beugla soudain mon interlocuteur en me faisant sursauter et tirant un grognement exaspéré de Tarkane. Cela veut dire qu’il n’y a plus d’héritier au trône ! Mais alors, qui règnera à la suite du Seigneur ton père ?

_ Allons, calmes toi voyons, inutile de t’énerver ainsi. lui dis je amusé.

_ Me calmer ? Mais te rends tu compte que s’il n’y a personne pour lui succéder au trône cela signifie qu’il n’y a pas d’avenir pour Artang !

_ … Bon, d’accord, écoutes, je ne vais pas te cacher la vérité, j’ai une mission importante à accomplir, si je ne meurs pas au court de celle ci, je retournerais à Jussey et je succèderais à mon père. Fis-je en le pensant presque sincèrement.

_ Vraiment ? demanda t il sans trop y croire. Elle est si dangereuse que cela ?

_ Cesse donc de t’énerver pour cela, ça n’a pas encore suffisamment d’intérêt. intervint Tarkane.

_ Mais si ça a de l’intérêt ! se récria l’adolescent.

_ Pas pour le moment, si le Seigneur Adrien ne s’en préoccupe pas plus que de sa  mission, c’est que celle ci est bien plus importante que d’avoir un héritier pour le trône.

Le garçon se tu.

_ … Bon eh bien, je vais vous laisser. dis je sur le ton de la conversation. Il faut que je me dépêche un peu, j’aimerai traverser cette montagne le plus rapidement poss…

Grouiiiiiic

Le son que produisit mon estomac me fit bondir. Ulrich me regarda avec de grands yeux ronds en me regardant puis il éclata d’un rire tonitruant.

_ Vous comptez nous quitter l’estomac vide messire ? se moqua t il. Voilà qui me paraît une bien drôle d’idée.

_ Eh bien je n’ai pas mangé depuis hier au soir et j’avoue que la faim commence à m’étreindre.

_ Votre Altesse, en tant que fils du Seigneur Durtane, ce serait une joie et un honneur pour ma famille et moi-même que de vous accueillir en notre demeure et de vous offrir gîte et couvert ! ironisa le garçon dans une grande révérence.

_ Ce n’est pas de refus, cela me permettra de faire un peu mieux connaissance avec toi, tu es une personne qui m’est sympathique.

 

            Lorsque le prince entra dans la pièce, il fut d’abord frappé par le manque de luminosité et la chaleur étouffante qui y régnaient. Ses yeux s’habituèrent rapidement aux ténèbres et il put enfin voir autour de lui. Son regard se posa d’abord sur l’immense lit à baldaquins aux lourdes tentures rouge sombre dans lequel son père, souffrant se reposait. Puis il porta son attention sur la jeune fille au regard triste agenouillée à coté. Il s’approcha d’elle et posa une main rassurante sur son épaule avant de s’asseoir à son tour.

_ Comment va t il ?

_ … Son état ne s’est malheureusement pas amélioré…

_ Va t il mourir ?

_ Pourquoi me poser cette question, vous connaissez déjà la réponse, c’est irrémédiable…

_ Je sais… Mais j’avais espéré…

_ L’espoir, voici bien tout ce qu’il nous reste…

_ A lui aussi, cela fait des années qu’il se bat… Il dit qu’il a encore une chose importante à accomplir pour Artang avant de mourir…

_ Quelle est cette chose ?

_ Je n’en ai pas la moindre idée…

_ … Parfois, il marmonne de curieuses choses durant son sommeil…

_ De quoi s’agit il ?

_ … Il dit… Que la guerre n’est pas encore terminée…

_ …

_ … Et aussi qu’il doit « lui » parler avant de partir…

_ A qui doit il parler ?

_ Il ne « lui » a jamais donné de nom…

Le silence se fit à nouveau dans la pièce, pendant un long moment, lourd de tristesse. Lentement, le Seigneur s’éveilla en poussant un grognement. Sur son visage couvert de multiples rides chaque jour un peu plus creuses se lisait une longue et endurante douleur.

Ses yeux gris, presque aveugles se tournèrent péniblement. Ils distinguèrent vaguement deux silhouettes floues, l’une plus grande que l’autre et dont la partie supérieure devait être la tête était munie d’une longue chevelure flamboyante. La voix rauque du vieil homme s’éleva :

_ Mon fils… Te voici de retour…

_ Oui père, je suis là ne vous…

_ L’as tu retrouvée ?

_ Je… le jeune homme baissa les yeux. Non, elle demeure introuvable…

_ Pourquoi… Pourquoi a t il fallut qu’elle parte, pourquoi ?

_ Je suis navré père, elle me fait autant de peine qu’à vous, mais vous la connaissez…

_ … Oui je la connais… tout le portrait de sa mère… Espérons… Espérons que cette fois les dieux l’épargneront… C’est tout ce qu’il nous reste à faire…

_ Ne vous faites pas de soucis père, je la retrouverai, coûte que coûte, même s’il me faut la chercher au-delà des frontières de notre pays ! s’exclama le fils e se redressant vivement et e frappant sa poitrine de son poing.

_ Mon fils…

A ce moment là, quelqu’un frappa à la porte.

_ Entrez ! clama le prince en abandonnant son regard triste pour laisser place à son allure solennelle de grand guerrier. Un jeune serviteur entra en silence et s’inclina respectueusement devant ses maîtres.

_ Qu’y a t il Manir ? Aurais tu par hasard des nouvelles de ma sœur pour te permettre de nous déranger ?

_ Non pas de votre sœur Votre Altesse, j’en suis consterné, mais c’est de votre jeune frère qu’il s’agit.

_ Allons, le voici enfin de retour de son escapade ! Je suppose que sa faim l’aura rappelé à sa demeure, dis-lui que je le rejoindrais dès que j’aurai terminé.

_ C’est que… Il n’est pas revenu seul…

_ Vraiment ? Que nous a t il ramené cette fois ci ?

_ Eh bien… Il s’agit d’une personne de la plus haute importance…

_ Eh bien parle ! Pourquoi fais tu tant de mystère ?

 

            _ Ce repas t’a t il satisfait ton Altesse ?

_ Ce fut absolument parfait, je t’en remercie, mais appelles moi par mon prénom, combien de fois faudra t il encore que je te le répète ?

Après avoir rassemblé dans un sac de peau l’armure de son père, Ulrich l’avait confiée à Tarkane et s’était hissé sur son dos avant de m’inviter à le rejoindre. Le dragon nous avait conduit jusque dans un château de pierres sombres et à l’étrange texture bâtit entre d’immenses colonnes de roche qui s’élevaient au cœur des Monts Calarius. Le voyage ne fut pas des plus agréables pour moi, la vitesse et l’altitude m’avaient donné d’affreux vertiges et mon estomac en fut tout retourné. De ce fait, mon appétit s’en retrouva doublé et lorsque Ulrich me présenta une table couverte de mets divers et variés, je m’étais jeté dessus avec avidité. A présent, nous venions de terminer notre repas et mon hôte m’entraîna dans un long couloir tapissé de rouge et dans lequel avaient été exposés des tableaux d’une taille remarquable. Tandis que Ulrich me présentait la peinture la plus grande de toute la collection sur laquelle posait un homme colossal aux yeux gris qui, malgré leur froideur avaient quelque chose de rassurant, quelqu’un arriva dans le couloir.

_ Adrien !

A l’appelle de mon nom, je me retournais vers la personne qui l’avait prononcé mais n’eu le temps d’apercevoir qu’une longue chevelure noire avant de me retrouvé enlacé. Repoussant la tête de l’inconnue, je pus enfin voir son visage et à ce moment là, tel un volcan en éruption, deux mots explosèrent dans mon crâne me faisant pousser un cri à la froid surpris et effrayé « Sayuri la Muse »

_ Sa… Sayuri ? m’écriais je affolé.

_ Tu m’as reconnue ! Qu’est ce que je suis contente ! fanfaronna la jeune fille en resserrant son étreinte, ses yeux noir pétillant de joie.

_ Vous vous connaissez ? demanda Ulrich en nous regardant alternativement.

_ Ulrich !

Un homme, aux longs cheveux roux et à la forte carrure, âgé d’une vingtaine d’années accompagné d’un dragon aux écailles d’argent un peu plus grand que lui et d’un jeune serviteur essoufflé qui peinait visiblement à le suivre nous rejoignirent. L’homme avait quelque chose de noble et de fier à la fois, il paraissait, malgré cela quelque peu perturbé et agité, il semblait aussi très fatigué et à la vue des plaques de métal qui protégeaient sa poitrine ses coudes et ses genoux, j’en déduisis qu’il revenait de voyage. Il prit à nouveau la parole, d’une voix qui se voulait forte et autoritaire mais dans laquelle on saisissait un tremblement nerveux :

_ Ulrich, tu aurais pu m’avertir de la présence d’un tel invité en notre palais, cela n’est pas sérieux mon frère ! Sayuri, quelles sont ces manières, tiens-toi correctement, sais eu au moins à qui tu t’adresse.

Après quoi, il me dégagea de la poigne de Sayuri et me parla d’un ton plus doux :

_ Pardonnez le comportement de mon jeune frère et de mon amie, Votre Altesse, je me nomme Sequin Makenbourg, fils de Durtane, Seigneur de ces lieux. Puis m’indiquant de la main le reptile d’argent qui posait sur moi un regard calme et anxieux à la fois. Et voici Tiqui, ma dragonne compagne.

_ Ravie de faire votre connaissance jeune prince. fit la créature en inclinant profondément la tête.

_ Gnagnagna ! Arrêtez un peu tous les deux, vous voyez bien que vous l’embarrassez avec vos politesses !

_ Sayuri ! s’écria Sequin avec reproche.

_ Quoi ? Quoi ? Quoi ? Arrêtez un peu de vous croire au-dessus de tout ! Je connais Adrien depuis longtemps ! Pas vrai ? ajouta t elle en me tendant son plus joli sourire.

_ Euh… Oui… Mais…

_ Ah vous voyez ! clama t elle.

_ Et comment ça se fait que vous vous connaissiez ? demanda Ulrich curieux.

_ Parce que je suis sa fiancée !

_ Quoi ? s’exclamèrent en même temps les deux frères, la dragonne et le serviteur en ouvrant des yeux ronds.

_ Eh, oh ! Pas de méprise ! intervins je. Ce n’est pas MA fiancée !

_ C’est vrai. minauda Sayuri.

_ Mais alors… De qui ? commença Tiqui.

_ Du meilleur ami d’Adrien voyons, Yvan !

_ Qui ? bredouilla Ulrich.

_ Qu’importe ! interrompit Sequin. Seigneur Adrien, je suis navré de vous brusquer ainsi, moi-même je ne comprends pas pourquoi, mais mon père qui est mourrant souhaiterait s’entretenir avec vous avant de rendre son dernier souffle.

Le silence se fit aussitôt tandis que mon interlocuteur dont la voix tremblait sensiblement me regardait avec insistance. Sayuri perdit immédiatement sa mine joyeuse et baissa les yeux, Tiqui me fixait sans ciller, le serviteur prit un air triste et Ulrich s’appuya contre le mur, des larmes commençant à inonder son visage. Le jeun garçon resta ainsi quelques instant puis se jeta soudain dans les bras de son frère en hurlant :

_ C’est pas vrai ! Dis moi que c’est pas vrai ! Père ne va pas mourir ! Il ne peut pas nous abandonner ! Nous n’avons pas encore retrouvé notre sœur ! Il ne peut pas partir sans lui dire adieu !

_ Je suis navré Ulrich, pour moi aussi c’est dur, mais il n’a plus la force de se battre encore, cela fait trop longtemps qu…

_ Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! cria de plus belle le cadet. Je ne te crois pas ! Il ne peut pas partir ainsi, Notre sœur va revenir, et elle va le soigner ! Elle l’a dit… Elle a dit qu’elle le ferait…

Le garçon se cramponna un peu plus à son aîné, plantant son regard mouillé dans le sien. Sequin le soutint un instant et baissa les yeux. Ulrich recommença à pleurer.

_ Je te déteste ! hurla t il avant de s’enfuir en courant au travers du couloir.

 

            La chambre était sombre et il y faisait très chaud, quand mes yeux furent habitués à l’obscurité, je pus distinguer un très grand lit au milieu de la pièce. Dedans se trouvait un homme d’un grand âge, son visage était creusé de tellement de rides que l’on aurait pu croire qu’il avait vécu suffisamment longtemps pour connaître la Grande Guerre. Ses cheveux blancs, courts étaient collés par la sueur sur son front, une barbe grisonnantes de quelques jours recouvrait en partie son visage. Il respirait lentement et semblait dormir d’un sommeil agité de cauchemars. Il paraissait dans un piteux état.

_ Nous l’avons toujours connu malade, mais avant, il résistait… Il est comme ça depuis que notre sœur, qui est magicienne est partie pour essayer de trouver un moyen de le guérir. Il n’a toujours pas réussit à s’en remettre et moi je n’ai su retrouver ma sœur… fit Sequin derrière moi.

Je contemplais ce triste spectacle sans rien dire. Autour du lit du vieil homme, un prêtre et quatre prêtresses agenouillés étaient plongés dans une profonde méditation. Tenant la main squelettique de son père et pleurant à chaudes larmes, Ulrich se trouvait déjà là et ne semblait pas en mener bien large. Je fis un pas dans la chambre et m’arrêtais. Je venais de me rendre compte qu’en réalité, le vieux souverain était gigantesque. Son corps devait bien être aussi grand que large, et la main que tenait son fils devait bien faire au moins le double du visage de celui ci. Cela me frappa. Je me souvenais soudain du tableau dans le couloir représentant un fier guerrier colossal en armure. Sayuri entra et s’approcha du souffrant en essayant de marcher sur les longues toges des prieurs. Elle posa une main sur l’épaule d’Ulrich pour tenter de le réconforter. Celui ci se retourna vivement et frappa violemment le bras de la jeune fille pour la repousser en criant :

_ Ne me touches pas ! Ne m’approches pas ! Et n’approche pas mon père sorcière ! Et toi non plus maudis fils de roi ! hurla t il en pointant un doigt accusateur sur moi.

_ Fermafeu !

Le prêtre et ses prêtresses bondirent, surpris. Le silence s’établit et chacun se retourna ébahit vers le colosse qui venait de se redresser dans son lit.

_ Plait il ? fis je plus effrayé qu’interloqué.

L’homme me contempla de ses yeux gris, profonds, ternis par le temps sans dire mot. Son regard devint rapidement insoutenable, mais je fis de gros efforts pour ne pas baisser les yeux.

_ Approches enfant. dit il enfin d’une voix rauque, qui avait dû perdre bien de la vigueur à cause de la maladie.

Je n’avais pas très envie, mais je m’exécutais d’un pas hésitant. Il continuait de me fixer. Ulrich trépignait à son côté mais ne disait mot. Au fur et à mesure que j’avançais, je sentais le regard du vieux seigneur de plus en plus lourd. Arrivé à son chevet, ne sachant que dire, je me tins droit et muet. La main de l’homme se libéra de celle de son fils qui la lâcha à contre-cœur et vint se poser sur l’une de mes joues.

_ Pauvre enfant… murmura t il sans que je ne comprenne pourquoi il disait une pareille chose. Tu ne ressemble pas à celui auquel j’aurais pu croire, mais plutôt à celui auquel je ne m’attendais pas.

_ De… De qui parlez-vous ? bafouillais je.

_ D’un homme qui ne devait pas être bien plus vieux que toi lorsque tout ceci a eu lieu… sa voix devint un souffle sur la fin de sa phrase, il parût soudainement encore plus fatigué qu’il ne l’était avant.

Il se rallongea lentement, reposant sa main sur le matelas.

_ Je suis vieux jeune Fermafeu, j’ai connu ton père et le père de ton père…

Je restais silencieux, mais n’en étais pas moins surpris.

_ Pauvre enfant… répéta t il en fermant les yeux un instant avant de les rouvrir. J’ignore ton nom, mais je peux deviner que si tu t’es aventuré si loin de ta douce ville, et seul, c’est que la roue du destin s’est à nouveau mise en marche…

Il poussa un long soupir et sembla s’endormir.

_ Je… Je ne doute pas de votre parole, mais j’ignore de quoi vous parlez… dis je perturbé.

_ L’ignores tu vraiment ? demanda t il en gardant les yeux clos.

_ Je… Je ne sais pas…

_ N’es tu pas l’élu ?

_ Qu’avez vous dit ? sursautais je sans me contrôler, m’attirant les regards furieux d’Ulrich et des prieurs.

_ Ton ouïe est certainement bien meilleure que la mienne. souffla l’homme sans bouger. Tu as parfaitement entendu.

_ Je… Comment… Comment savez vous cela ? fis je hésitant.

_ Tes prédécesseurs sont tombés dans l’oublie, mais leur existence a marquée à jamais la mienne.

Il déboutonna avec difficulté sa chemise et découvrit sa poitrine. De l’épaule droite à la hanche gauche, une énorme cicatrice palpitante traversait le torse du vieil homme. Plusieurs cris se firent entendre dans la pièce et Sayuri se cacha le visage. Moi je continuais de contempler la plaie, et la vision furtive d’une énorme épée plate déchirant une armure et la chaire d’un homme dans une effusion de sang m’assaillit. Je réprimais un haut le cœur. La vision avait été rapide mais d’une telle précision qu’elle semblait un souvenir enfoui dans ma mémoire. Ceci m’effraya.

_ L’as tu vu ? murmura l’homme.

_ Vous.. Qui a fait ça ?

_ Il te le dira lui-même… Ou peut être serait ce son compagnon…

_ Qui ça ? Je le connais ? Qui est ce ?

Soudain une pensée traversa mon esprit de manière tellement percutante que je faillis en tomber à la renverse. Mais c’est d’un ton bas et inquiet que je murmurais :

_ Ne me dites pas que… Qu’il s’agit de…

Je ne pus finir ma phrase tellement l’angoisse me nouait la gorge.

_ Non, il ne s’agit pas de ton père… Je crois bien qu’il avait bien trop peur pour être présent !

_ Peur… Mon père ?

Je ne me souvenais pas d’avoir vu mon père effrayé une seule fois avant le jour où j’avais fait brûler la tête du conseiller.

_ Comme toutes personnes de son âge à l’époque…

_ Je dois avouer que je ne vous suis pas trop… répondis je après un instant de silence.

_ Qu’importe, cela n’a pas d’importance pour le moment…

Silence.

_ Quel est ton nom jeune prince ?

_ Adrien monsieur… mon esprit était un peu embrouillé.

_ Adrien… Triste héritier… il sembla à nouveau s’endormir, son visage constellé de gouttes de sueurs. Cette cicatrice est vivante…

Je ne compris pas.

_ C’est une plaie qui ne se refermera jamais… Et elle me tue chaque jour un peu plus…

_ Et je… Puis je faire quelque chose pour vous ?

Il explosa d’un rire rauque qui se termina par une quinte de toux.

_ Plus personne ne peut rien pour moi à présent… Mais en recevant cette blessure je me suis fait porteur d’un bien lourd message…

_ Que voulez vous dire ?

L’homme grogna en enserrant sa plaie d’où s’écoulait un fin filet de sang. Soudain, la fine peau qui refermait la blessure éclata et l’hémoglobine gicla, le seigneur poussa un râle et tout le monde s’agita.

_ Père ! s’écrièrent Ulrich et Sequin en se précipitant sur lui.

Les prêtresses hurlèrent, le prêtre entama une prière et Sayuri affolée rejoignit les deux frères, suivie de près par le jeune serviteur. Le roi toussa et cracha du sang, aidée du serviteur, Sayuri banda la blessure du souverain comme elle put, celui ci s’appuya avec une poigne féroce sur ses fils et se convulsa.

_ Adrien Fermafeu… gémit il entre deux effusions de sang.

_ Seigneur Durtane, vous ne devriez pas parler, laissez Sayuri vous soigner ! lui recommandais je agité.

_ C’est inutile… geignit il en arrachant les bandages qui enserraient sa poitrine.

_ Ecoute-moi, fils de la dynastie… Toi… Et tes compagnons devez retrouver les quatre seigneurs ailés… Vous devez les retrouver et… Et détruire le sceau… Vous devez le détruire avant que ton sang ne bouillonne ! Retrouves ma fille… Retrouves la… Elle t’aidera… Elle sait… Dis lui… Dis lui que je veux qu’elle le fasse…

L’homme délirait et le sang coulait à flot. Ses dernières paroles furent pour ses fils. Il me regarda une dernière fois et souffla :

_ Tu ne dois pas abandonner… Ton peuple…

Son corps se déchira en deux au niveau de la cicatrice. Les hurlements retentirent encore. Le prêtre et les prêtresses s’enfuirent. Sayuri cria de terreur, je l’entraînais hors de la pièce avec le serviteur…

 

Artang - Intermède 3

le 18/06/2007 à 22h25

Intermède


III

 



 

 



 

 



 

 



            Arilia chevauchait en tête, elle était fatiguée et terriblement en colère. La nuit précédente, après qu’Adrien soit parti, elle avait rejeté sa rancœur sur Jessie avec qui elle s’était battue férocement. Elle s’en était tirée avec un certain nombre de bleus, un œil au beurre noir et une cheville tordue. Jessie quant à elle s’en était un tout petit peu mieux sortie malgré tous les coups qu’elle avait reçus. Elle était repartie, furieuse à la recherche d’Adrien les cheveux en bataille, la robe froissée et déchirée quelques bleus le long des bras et des jambes et en boitant légèrement. Arilia, hors d’elle avait passé le reste de la nuit à tourner en rond en ruminant tout un tas d’injures. Amiss, lui se tenait à présent penaud sur son cheval. Le combat des deux furies l’avait terrorisé, à ses yeux, il était bien plus difficile de tenir tête à des femmes comme Arilia et Jessie qu’à un combattant ou un guerrier bien entraîné. Le matin, estimant qu’il valait mieux chercher Adrien plutôt que de rester planté là sans rien faire, Amiss en fit la suggestion timide à la jeune fille qui l’accompagnait. Celle ci réagit de manière excessive, elle répliqua furieusement qu’Adrien pouvait bien se débrouiller seul et s’en était retournée à l’harnachement de sa monture. Le jeune elfe rassembla alors tout son courage, et après en avoir prit plein les tympans il réussit à convaincre l’adolescente. Après ça ils purent enfin partir. Tout le reste de la matinée, le pauvre garçon resta muet comme une carpe. C’était l’heure la plus chaude de la journée lorsqu’ils atteignirent une clairière avec un lac au pied d’une chaîne de montagne. Ils avaient laissé les chevaux s’abreuver tandis qu’ils se ravitaillaient. Arilia leva la tête vers les montagnes et cru apercevoir une espèce de tache rouge slalomer entre d’immenses pics rocheux. Elle cligna des yeux et regarda à nouveau. Plus rien. Son humeur n’avait pas changé d’un pouce, et elle jeta rageusement les os de son déjeuner au sol lorsqu’Amiss eut le malheur d’ouvrir la bouche pour tenter une nouvelle suggestion.


_ Qu’est ce que tu veux encore maudit petit elfe ?


_ Mais je n’ai encore rien dit… se défendit le pauvre garçon.


_ Mais tu allais le faire ! rugit elle.


_ Aurais tu l’obligeance de te calmer, cela ne te servira à rien de t’énerver ainsi. fit Amiss tranquillement.


_ Non mais de quoi j’me mêle monsieur je-sais-tout ? hurla Arilia.


_ Cela suffit à présent ! Je ne sais pas tout mais j’en sais suffisamment pour te demander de te taire et de m’écouter. répliqua d’un ton autoritaire.


Arilia se tue sur-le-champ.


_ Je crois qu’Adrien a eu des ennuis.


_ Comment ça ?


_ Regarde. Amiss indiqua un endroit au sol où la terre avait été un peu chamboulée. Ces traces ce sont celles de sabots de cheval, et aussi de pieds de trollotins !


_ De pieds de quoi ? piailla Arilia inquiète.


_ De trollotins, de tous petits trolls, à peine plus grands que des korrigans, ce sont les forgerons des ténèbres, c’est eux qui avaient forgé la plupart des armes de l’armée de Naark lors de la Grande Guerre.


_ Tu crois que… Que ces… Créatures ont capturé Adrien ? Arilia se sentait de plus en plus mal.


_ En fait je n’en sais rien, il n’y a aucune trace de lui…


_ Alors que lui est il arrivé ?


_ Je ne sais pas… Nous devrions peut être…


A cet instant, Amiss entendit un son grinçant et terriblement strident, ce qui lui vrilla les oreilles avec force. Arilia, elle, perçut une voix masculine mais plutôt chantante.


_ Vous paraissez angoissée belle damoiselle, auriez vous des ennuis ?


La « belle damoiselle » relava la tête vers la voix et laissa échapper une exclamation de surprise. Dans le lac, accoudé au bord se tenait un beau jeune homme à la peau bleutée et aux longs cheveux d’argent. Ses yeux bridés brillaient d’un éclat doré, ce qui devait être ses oreilles ressemblaient aux nageoires hérissées d’un poisson. Ses bras étaient munis d’appendices semblables et ses mains étaient palmées. Il ruisselait de milliers de gouttelettes d’eau, qui, en reflétant le soleil lui donnait l’aspect d’une illusion.


_ Vous semblez surprise de me voir, pourtant, si vous comprenez mon langage, ça ne devrait pas être le cas.


De son coté, Amiss qui ne supportait pas les sons que produisait la créature se bouchait les oreilles aussi fort qu’il le pouvait.    


_ Qu’est ce ça signifie ? Qui êtes vous au juste ? bafouilla Arilia.


L’elfe à coté n’en revenait pas, voici que sa compagne de route se mettait à grincer elle aussi, et le pire était que ses grincements à elle étaient bien plus stridents que ceux de l’homme bleu. Le pauvre garçon cru que ses tympans allaient exploser.


_ Vous voyez, vous parlez aussi cette langue. ajouta l’être des eaux. Que diriez vous de vous joindre à moi dans l’eau, j’ai comme le sentiment que votre ami n’est pas dans le même cas que vous !


Arilia jeta un coup d’œil à l’elfe et constata avec stupeur que celui ci se roulait par terre en pressant ses mains si fort sur ses oreilles que les jointures de ses doigts en étaient  blanches. Elle regarda l’homme poisson effrayée. Elle sonda son visage, puis son regard.


Quand Amiss se redressa, il vit Arilia plonger dans l’étang, suivie par la créature des abysses. Il l’appela. Elle ne remonta pas à la surface. Il plongea…


 

 



 


Artang - chapitre 5

le 18/06/2007 à 22h26

 

Chapitre


V

 

 

 

            Le couloir me paraissait interminable. Essoufflé, je m’arrêtais et repris ma respiration en m’appuyant contre le mur, entre deux tableaux, la main de Sayuri, toujours serrée dans la mienne. Mon cœur battait à toute allure. Le jeune serviteur avait l’air terrorisé et des larmes coulaient le long de ses joues. Sayuri le serra contre elle avec son bras libre et essayait de le rassurer en lui parlant de sa douce voix. Enfin, elle se tourna vers moi.

_ Adrien je…

Elle se tue. Je ne dis rien.

_ Je suis désolée… termina t elle.

Les yeux rivés au sol je restais totalement muet, une foule de questions se bousculaient dans ma tête, je n’arrivais plus à réfléchir. Soudain, Sayuri se dressa devant moi et me força à la regarder dans les yeux.

_ Adrien écoute-moi !

Silence.

_ Tu sais, cette histoire d’élu dont t’a parlé le seigneur Durtane, je crois que je la connais…

Silence attentif.

_ Yvan m’en parlait souvent.

Silence. Une plaie se rouvre.

_ En fait, il me la chantait… fit elle avec un sourire. Il disait que c’était moi qui lui avais raconté et qu’il en avait fait une chanson. Ce n’est pas vrai évidemment, je ne la connaissais pas avant, mais je suis sa muse.

Silence. Les questions fusent à nouveau.

_ Adrien, toi tu es le plus important des élus n’est ce pas ? Le scelleur du feu il me semble.

Scelleur… du feu ? Silence.

_ Et Yvan est aussi un élu pas vrai ? Et Arilia aussi, le destin ne vous a pas réunis pour rien, j’ignore qui est le quatrième, mais je suis sûre que…

_ Tais-toi !

Ce qu’elle fit en écarquillant les yeux. Je ne voulais pas savoir, je ne voulais plus savoir, je voulais qu’elle et ces maudites questions qui m’encombraient l’esprit se taisent et me fiche la paix. Je ne voulais plus rien entendre, je ne voulais plus rien avoir à faire avec cette quête, ni avec ces elfes, ni avec ces dragons et autres créatures grotesques et incongrues. Je voulais oublier et que tout redevienne comme avant. La rage me serrait la gorge, j’ignorais pourquoi. Ces derniers temps, je me savais irritable et je me mettais en colère sans raison véritable. Je le savais, mais je ne pouvais me contrôler. Je bouillais intérieurement et en silence.

_ Adrien… Je me doute bien que ce n’est pas facile tout ça, mais tu dois te dire que tu n’es pas seul, il y a Arilia et Yvan pour t’aid…

_ Yvan est mort !!!

Je venais de crier cela sans le vouloir. Sayuri se tu et ouvrit de grands yeux terrifiés. Je ne savais plus quoi dire pour réparer mon erreur. Je partis, en colère contre moi-même et contre le monde entier.

 

            De ses ailes puissantes, la dragonne décolla avec souplesse et s’éleva dans les airs à une vitesse vertigineuse, puis elle descendit en pique vers l’étang dans la clairière au pied des Monts Calarius où j’avais laissé mon cheval. Alors que je me cramponnais à son encolure de toutes mes forces pour ne pas tomber, je repensais à ce que Tiqui m’avait dit lorsqu’elle m’avait retrouvé en train de passer mes nerfs et de déchirer mes mains à grands coups de poings sur un rocher à l’arrière du château. Elle s’était approchée, le regard triste mais l’allure toujours fière et m’avait parlé avec douceur et chaleur de sa voix aux vertus apaisantes :

_ Prince, tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils, tu devrais garder ton calme.

_ Garder mon calme ! Facile à dire, c’est pas toi qui t’es vu devoir entendre les dernières paroles d’un homme à l’agonie et qui te sens encore plus coupable que jamais de n’avoir rien pu faire pour l’aider ! Ce n’est pas toi à qui l’on a confié de protéger de sa vie un pays entier à ta naissance sans avoir demandé ton accord ! Ce n’est pas toi qui a laissé mourir ton meilleur ami, ce n’est pas toi qui as appris que tu n’étais pas ce que tu as toujours cru être, ce n’est pas toi qui as frappé la seule personne que tu ais jamais aimé en te faisant ainsi haïr par elle, ce n’est pas toi qui l’as abandonnée seule avec un inconnu, ce n’est pas toi qui viens d’annoncer de la manière la plus brutale et détestable qui soit à une presque sœur que l’homme qu’elle aimait et qu’elle devait épouser est mort ! Ce n’est pas toi qui as toutes ces responsabilités et toute cette culpabilité qui pèse sur tes épaules, alors que crois tu ! Qu’il est si simple que cela de conserver son calme, qu’il faut que je fasse comme si de rien était et que je continue à poursuivre mon chemin et à ignorer les souffrances que j’inflige aux autres ?  

La dragonne s’était assise à coté de moi et m’avait contemplé de son regard profond tout au long de ma tirade en m’écoutant attentivement. Lorsque j’eus fini, elle me répondit d’un ton lisse en continuant de me fixer :

_ Ce serait peut être mieux, mais je n’estime pas non plus que cela soit une bonne idée. Mais t’énerver ainsi ne t’aideras pas à remettre tes idées en ordre et à penser positivement. Tu devrais d’abord commencer à réfléchit posément. Tu n’es responsable ni de la mort du Seigneur Durtane, ni de celle de ton ami, le premier étant condamné depuis près de mille ans et le second s’étant lui-même jeté dans la gueule du loup, si je puis dire.

_ Comment sais tu cela ? Tu es comme Amiss, tu es de mèche avec lui toi aussi tu l’as vu mourir, à moins que ça ne soit toi le dragon qui l’a tué !  

_ Nenni jeune Prince, je ne connais pas cette personne dont tu me parles, et je ne suis qu’un dragon gardien des tours, je suis incapable de cracher la moindre flamme ! Lors de mon voyage avec Sequin à la recherche de sa vénérable sœur, nous avons eu vent de vos ennuis, les bruits courent vite de la ville aux villages alentours, nous avons fouillé tout le pays nous avons donc entendu beaucoup d’histoire.

_ C’était ma faute, je n’ai pas su le retenir !

_ On ne peut empêcher un homme de suivre son destin.

_ Quel destin ? Je ne crois pas à ces choses là moi, le destin nous en sommes maîtres, personne ne le trace pour nous !

_ C’est une bonne chose que tu penses de cette manière, cela t’aidera grandement à avancer.

_ A avancer ? A avancer quoi ? Cette quête que tout le monde semble avoir connue avant moi ?

_ Oui.

_ Mais pourquoi me l’a t on confiée ? Pourquoi moi ? Suis je vraiment capable de la mener à bien ?

_ Oui. C’est pour cela que l’on te la confiée, car tu es le seul à pouvoir arriver au bout !

_ Mais et les autres ? J’ai besoin d’eux pour y arriver non ?

_ Pour retrouver nos quatre seigneurs, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les autres à ton coté, mais une fois que vous les aurez tous retrouvés, alors tu devras rejoindre tes compagnons car tous avez besoin les uns des autres, une fois réunis, vous ne devrez plus jamais être seuls, c’est important !

_ Alors quelque part, tout Artang est entre mes seules mains ?

_ Oui, sans toi, le principal élu, le plus grand des quatre, rien ne pourra être fait ! C’est en toi que réside l’avenir et la survie de notre royaume !

Après cela j’avais gardé le silence, je préférais ne pas encore donner de décision publiquement bien qu’au fond de moi les choses étaient claires, mon père savait tout cela est avait placé toute sa confiance en moi, et tous les membres du peuple des elfes aussi, et probablement bien d’autres personnes qui n’étaient pas sans savoir qui j’étais réellement. Tiqui m’avait conduit jusqu’à la grande esplanade, une gigantesque plaque de marbre creusée à même la roche dans l’aile Ouest du palais. De là, on dominait absolument tous les Monts Calarius, on apercevait même tout en bas, logé au creux des pics rocheux la ville de Valennes reste du territoire gouverné par le Seigneur Durtane. C’était de là que les dragons du château et des gens venant en ces lieux sortaient et rentraient. Il y avait des dragons de toutes tailles et de toutes couleurs, tous très différents des uns des autres, mais aucun n’était plus grand que Tiqui.

_ Les dragons des tours, m’expliqua t elle lorsque je lui avais demandé les raisons de la petitesse de ces créatures, sont de tout petits dragons, c’est important car un grand dragon aurait beaucoup de mal à se déplacer au milieu de nombreuses tours ou de pics et montagnes sans s’y briser les ailes, mais nous sommes aussi de très bons combattants, comme je te l’ai dit, nous ne pouvons pas cracher de flammes, mais nous avons des griffes et des crocs solides, et les plus vieux d’entre nous sont capables de régurgiter des jets d’acier !

J’appris un peu plus tard par l’un des cavaliers qui harnachait un dragon aux écailles d’un vert émeraude que Tiqui était l’un des plus grands dragons de son espèce. Les dragons des tours naissaient au même moment que la personne qui deviendrait son compagnon, ils devenaient adultes à partir de l’âge de 20 ans et ne grandissaient plus après. Ils étaient liés éternellement à leurs maîtres et leur offraient une vie plus longue que celle d’un humain normal, mais aucun de ces gens ne pouvaient vivre aussi longtemps qu’un elfe. Lorsque l’humain compagnon venait à mourir, son dragon devenait alors libre et s’en retournait en général vivre à l’état sauvage. J’appris aussi que Tiqui était la sœur de Tarkane  et qu’il y avait une lignée de dragons par famille, lorsque qu’un humain s’éprenait d’une personne ayant elle aussi un dragon, son compagnon s’éprenait de celui de l’aimé de son maître. Après avoir fait le tour de l’esplanade et appris tant de choses auprès des dragons et des dragonniers comme il convenait à mon avis de les appeler, je rejoignis Tiqui qui m’attendait pour me ramener auprès de mon cheval afin que je puisse reprendre mon chemin. Mais lorsque l’on atterrit auprès de l’étang où je l’avais laissé, une bien mauvaise surprise m’y attendait. Flèche avait disparut. Tandis que j’appelais ma monture au travers de la clairière, la dragonne renifla le sol et me fit part de ses découvertes :

_ Il y a plusieurs odeurs différentes ici, toutes inhabituelles.

_ Quel genre d’odeur ?

_ Il y a la tienne, très indistincte, puis celle de ton cheval.

Elle se déplaça un peu en suivant son flair.

_ Elle est plus intense ici, et il y a aussi cette odeur nauséabonde, et… Des traces de luttes !

Je m’approchais et constatais la chose, le sol avait été piétiné par les sabots d’un cheval, sans aucun doute possible ceux de Flèche, mais aussi par des pattes curieuses un peu griffues, et certaines traces semblaient celles de minuscules bottes.

_ De quoi s’agit il ?

_ Des trollotins, à n’en pas douter… Mais je me demande comment c’est possible, ces créatures ne sortent jamais de la Forêt Obscure là bas, au pied du Mont Rapace, et encore moins de jours, ils haïssent la lumière !

_ Qu’est ce qui a pu les pousser à sortir alors, et… Pour capturer un cheval ?

_ Je ne sais pas, avais tu laissé quelque chose de spécial dans tes fontes ?

Je réfléchis.

_ Non, il ne me semble pas, il n’y avait que quelques vêtements et deux ou trois petits objets sans importances…

_ Réfléchis bien s’il n’y avait rien qui puisse intéresser ces bestioles !

_ Ca dépend, quels sont les centres d’intérêt de ces euh… Choses ?

_ Je ne sais pas, du métal rare ou précieux, à moins que ton cheval ne soit magique.

_ Flèche ? Non il est docile, mais il n’a rien de magi… Attends un peu je crois savoir ce qu’ils sont venus chercher !

_ De quoi s’agit il ?

_ Une épée ! Une épée très précieuse, je ne m’en servais pas, j’avais la vieille que m’avait offerte mon percepteur. Bon sang, cette épée était mon héritage, c’est mon père qui me l’a confiée lors de mon départ ! Je ne peux pas me l’être fait voler ! Il faut que je la retrouve absolument ! Elle est terriblement précieuse ! 

_ Alors pars la récupérer au plus vite, les trollotins sont des forgerons des ténèbres, s’ils cette épée les a attirés c’est qu’elle est très particulière, les dieux seuls savent ce qu’ils pourraient en faire !

_ C’est l’épée de Falandel, elle est elfique, évidemment, pourquoi n’y ai je pas réfléchis plus tôt, elle a sûrement des vertus magiques ! Toi pars rejoindre les tiens, je te remercie, mais à partir de là, je continuerais seul !

_ Non, je t’attends ici, il y a là d’autres odeurs qui me perturbent, je ne reconnais pas leur genre et elles ne mènent nulle part. Je veillerais à ce que ce ne soit pas des ennemis !

 _ D’accord, alors je ferais vite !

_ Appelle-moi si tu as besoin de mon aide !

_ Oui.

Sans perdre un instant, je courus vers la Forêt Obscure, je devais à tous prix récupérer mon épée, elle était mon héritage, et si mon père me l’avait confié en toutes connaissances de cause, c’était certainement parce que j’en aurais eu besoin.

La noirceur des lieux était incroyable, bien qu’il fasse plein jour en dehors du bois, à l’intérieur, la nuit régnait. Décontenancé par la soudaine obscurité qui m’avait surpris dès les premiers arbres, je cherchais un moyen de m’éclairer.

Voyons voir, pas de torches, ni lanterne et encore moins lampe à huile… Comment vais je faire ? Je dois impérativement retrouver cette épée !

Mes pensées étaient un peu en désordre et je n’arrivais pas à me calmer. Je réfléchissais à toute allure sachant que mon épée auraient put être fondue dans la forge de ces abominables petits êtres à n’importe quel moment et qu’il fallait agir rapidement.

On se calme, il y a forcément une solution… Mais oui ! C’est évident, pourquoi n’y ai je pas pensé plus tôt ?

Une idée pleine de bon sens à mes yeux venait de fuser dans mon esprit. Je me concentrais, cherchant dans ma mémoire les quelques mots elfiques que je connaissais. Mais j’avais beau chercher, je ne trouvais rien, impossible de me souvenir de quoi que ce soit.

C’est pas vrai ! Je suis un elfe ou pas ! Je dois au moins connaître quelque chose !

_ Bon sang ! Si vous m’avez fait naître elfe, donnez-moi donc ce que je suis sensé posséder ! criais-je en levant la tête au ciel sans trop espérer une réponse.

Mais soudain, un éclair traversa mon regard et je sentis comme un coup violent à l’arrière de mon crâne. Pris d’une douleur fulgurante, je m’effondrais au sol en me tenant la tête. Dans d’affreuses souffrances, je sentis mon corps et mon esprit se métamorphoser par endroits, comme si quelqu’un était en train de me remodeler. Mes oreilles commencèrent à s’étirer, tant et si bien que j’eux le sentiment qu’on me les arrachait. Puis, mes muscles se mirent à me torturer, ils devinrent plus forts et plus souples, ils me tiraient en tous sens et mon cœur battait anormalement fort. Mes sens se développèrent aussi soudainement que le reste de mon corps, ainsi, je perçus des sons et des odeurs que je n’avais encore jamais connu. Mon corps tout entier était en train de se transformer, mais ce qui me surpris le plus, ce fut les changements qui s’opéraient dans ma tête. Des images que je n’avais jamais vu surgissaient devant mes yeux comme de vieux souvenirs qu’on se remémore, mais de manière plus douloureuse. Il y avait aussi des mots, des phrases entières, des textes longs, des chansons et des contes qui vrillaient mes oreilles et mon cerveau, dans trois langages différents. Le premier était plutôt doux et chantant, assez paisible et hypnotique. Le second était chaud et plus agressif, quand on l’entendait, on avait l’impression que de douces flammes venaient vous lécher les oreilles. Le dernier quant à lui était bien plus violent et bourru que les deux autres et se transmettait à mon esprit par une voix grave et colossale qu’il me semblait avoir déjà entendu. La douleur qui traversait tout mon être était tellement forte que je m’en roulais par terre en gémissant, au loin, j’entendis des battements d’ailes qui bientôt survolèrent la forêt, chose que je n’aurais jamais perçut en temps normal. Puis soudain, tout cessa. Le calme plat s’imposa dans ma tête et mon corps devint totalement insensible. Dans le noir, je me relevais peu à peu, mes muscles se faisaient de nouveaux sentir, engourdis par endroit mais je sentis une force nouvelle m’envahir. Dans mon esprit, pleins de choses nouvelles étaient présentes, et mes idées me semblaient plus claires que jamais. Mon regard aussi était clair, en effet, devant moi, tout était visible comme en plein jour.

Mais qu’est ce qu’il m’arrive ?

Intrigué, je contemplais d’abord mes mains, elles étaient plus fines étaient devenues plus agiles, mes bras, plus forts et mes jambes puissantes. Je touchais mon visage, il semblait plus effilé mais conservait ses traits habituels, quant à mes oreilles, elles étaient devenus pointues et paraissaient bien plus longues que celles de tous les elfes que j’avais rencontré hormis Aïsya. Sans avoir à y réfléchir, je compris que ceci était particulier aux personnes de sang noble. Cela signifiait donc que j’étais le descendant d’une famille honorable et respectable du peuple elfique. Je souris.

Alors aujourd’hui, me voici elfe ! Arilia a t elle souffert autant que moi lorsqu’elle a subit ses propres transformations ?

Cette question me fit frissonner. Je préférais ne pas m’imaginer Arilia, se tordant de douleur, seule dans la chambre de l’auberge ou au fond du puits. La chose que je ne comprenais pas, c’était pourquoi elle était redevenue elfe avant moi alors que j’étais sensé être le premier à m’éveiller. Je fut interrompus dans mes pensées par des battements d’ailes puissants au-dessus de moi et par les appels de la dragonne.

_ Adrien ? Adrien ? Tu vas bien ? M’entends tu ?

_ Tiqui ! Ne t’inquiètes pas, tout va bien, j’ai eu… euh… Un petit euh… Comment dire, accident ! Rien de grave, je ne suis pas blessé !

_ Tu es sûr ?

_ Oui, ne t’en fais pas, je pars tout de suite à la recherche de mon épée !

_ D’accord, n’hésites pas à m’appeler en cas de besoin, je ne peux pas pénétrer cette forêt mais je trouverais toujours le moyen de te venir en aide !

_ D’accord, je m’en souviendrais, maintenant j’y vais, j’ai déjà perdu beaucoup trop de temps !

Sans perdre un instant, je partis d’un bon pas à travers le bois, ma vue étant devenue celle d’un elfe, je n’avais aucune difficulté à voir autour de moi malgré l’obscurité ambiante. Je n’avais par conséquent plus besoin d’essayer d’utiliser mes pouvoirs pour m’éclairer avec une flamme quelconque.

            Je progressais dans la Forêt Obscure depuis pas mal de temps sans rencontrer le moindre problème. En revanche, je flairais depuis un certain bout de chemin une odeur nauséabonde, voire putride qui devenait de plus en plus intense à mesure que je la suivais. A n’en pas douter, il s’agissait du parfum habituel des trollotins, j’étais donc certain qu’en suivant cette piste je tomberais sur leur tanière. Un peu plus loin, les arbres commençaient à s’espacer et la lumière à filtrer. Mais je sentais aussi sous mes pieds une vibration encore assez indistincte et je pouvais aussi entendre de manière disparate des coups sourds donnés je ne savais où en dessous de moi.

Ils sont là, quelque part dans les sous-sols de cette forêt ! Il doit bien y avoir une entrée ! Où peut elle se trouver ?

J’eus rapidement ma réponse en trébuchant bêtement dessus. Je m’étalais par terre comme un gamin et me retrouvais le nez le premier dans une flaque de boue nauséabonde. Je me relevais en essuyant mon visage et en me frottant le nez en geignant de dégoût. C’est là que je m’aperçus que je m’étais pris les pieds dans un petit rocher sculpté surplombant une minuscule ouverture. Je venais enfin de trouver l’entrée de l’antre des trollotins, seulement, un autre problème se posait là.

Elle est trop petite pour moi, comment vais je bien pouvoir rentrer ?

Je m’assis et contemplais l’ouverture en réfléchissant. Mais j’avais beau chercher, je ne trouvais pas de solution. Cela m’agaçait, je me levais brutalement et donnais un coup de pied rageur dans le bout de rocher. Vous me diriez, cela est totalement inutile, mais moi je vais vous dire le contraire, cela eut trois effets, mais seulement un était escompté dans ce geste. Premièrement, ça me soulageait, deuxièmement, je me fit tellement mal au pied que je me mis à sauter à cloche pied en tournant sur moi-même. Le troisième effet fut toutefois le plus bénéfique, dans un bruit de cailloux s’entre choquants, le petit rocher s’éleva, formant au fur et à mesure qu’il se soulevait une porte à peine plus haute que moi. Ravis, j’en oubliais ma douleur et me précipitais aussitôt pour regarder à l’intérieur. C’était encore plus noir dedans que dehors. La porte donnait sur un long tunnel, rétrécissant continuellement pour atteindre la taille d’un terrier de renard. Je n’étais pas trop sûr de pouvoir passer, mais je ne voyais pas d’autre issue et je n’avais pas de temps à perdre. Je pris une bonne inspiration d’air pur car celui qui se dégageait de la pseudo caverne puait aussi fort qu’un putois, après quoi j’entrais hésitant. J’avançais dans le couloir de terre et de pierre d’abord debout, puis courbé, à quatre pattes et enfin en rampant car je n’avais plus la place de progresser autrement. Une dague à la main, au cas où je ferais de mauvaises rencontres, je me tortillais dans tous les sens avançant difficilement.

            Le passage me semblait de plus en plus étroit et l’air devenait suffocant. L’odeur insupportable qui se dégageait des lieux me tirait au cœur et je me pris plusieurs fois à retenir ma respiration, ce qui avait pour effet de m’essouffler toujours un peu plus et de ralentir ma course. Aux prix de nombreux efforts pour ne pas vomir, je finis enfin par déboucher sur une espèce de caverne plus large et plus haute. Je m’en voyais satisfait de pouvoir enfin me tenir debout, si ce n’était que je devais encore me courber pour ne pas cogner ma tête sur le plafond. Je me relevais alors et regardais tout autour de moi, je constatais avec une certaine béatitude que les parois qui m’entouraient étaient percées de milliers de petites galeries plus ou moins grosse mais toutes taillées grossièrement dans la pierre. Avec le sentiment d’être une sorte de fourmi entrée dans le terrier d’une autre colonie, je partais en exploration de la plus grande ouverture d’où se dégageait une chaleur épouvantable et une odeur plus qu’écœurante, mais c’est de là aussi que venaient les vibrations et les bruits sourds que j’avais perçut à la surface et que je m’efforçais de suivre depuis un long moment. Je me remis en marche prudemment et dû à mon grand damne me mettre à quatre pattes pour pouvoir progresser.

Enfin, la chaleur devenait plus dense et les sons de coups sourds donnés sur ce qui semblait être du métal et un tambour, tous au même rythme se rapprochait à chaque instant. Ou plutôt était-ce moi qui m’en rapprochais. Pour finir, je fis irruption sur un petit plateau de roche solidement taillée. J’entendais des piaillements venant de partout et pris la raisonnable décision de rester couché sur le sol pour ne pas me faire repérer. En observait l’environnement je pus déduire que je me trouvais dans le principal lieu d’activité du repère des trollotins. C’était une immense pièce creusée dans la pierre, très haute de plafond, elle ressemblait plus à une grotte qu’à une pièce par ailleurs. De toutes parts s’ouvraient d’autres petites galeries, comme j’avais vu précédemment, et de celle ci sortaient des petits êtres couverts de pustules, terriblement laids à la peau fripée, verte ou couleur terre, à peine plus haut de deux pieds coiffés de cheveux noir gras et parsemés de ci de là sur leur crâne rugueux.. Je rampais avec prudence vers le bord du plateau sur lequel je me trouvais et jetais, méfiant un coup d’œil en bas. Le plateau surplombait toute une place de village importante et grouillante de trollotins. De là où je me trouvais, la vue était imprenable. Je pouvais de manière précise la plus grosse forge existante. Elle était constituée d’énormes cuves de fonte autour des quelles des dizaines de créatures toutes plus ignobles les unes que les autres s’agitaient, plus loin, de gigantesques soufflets, animés par des trollotins soufflaient des brassées d’air incroyables sur d’immenses flammes s’élevant dans deux cheminées toutes aussi démesurées que le reste du matériel. Des milliers de petits trolls robustes et travailleurs s’activent comme des forcenés dans ce dédale d’engins. A coté, sur une esplanade qui semble être taverne, ces ignobles créatures se reposaient en buvant des bières et en poussant des borborygmes stressants semblant être leur langage.

Quelque chose résonna derrière moi. Des bruits de pas courts et précipités. Vif comme l’éclair, je saisis et me retournais m’accroupissant pour pouvoir faire face aux adversaires probables qui avançaient vers moi. A peine plus tard, je vis surgir de la galerie cinq petits êtres ignobles couverts de pustules et munis de petites masses cloutées à l’aspect redoutable. La plus grande des cinq créatures piailla avec force. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre qu’elle donnait l’alerte à ses congénères. Mon sang ne fit qu’un tour, rapide comme le vent, j’enfonçais mon épée dans la gorge poisseuse du trollotin dont le cri se termina par un gargouillis d’agonie. Aussitôt, ses camarades, se jetèrent sur moi pleins de hargne. Alors que j’évitais du mieux possible les coups que m’envoyaient mes minuscules opposants, je vis que plus bas, toute activité avait cessée et que tout les trollotins grimpaient maintenant le long des parois à l’aide de leurs griffes acérées. Je venais de décapiter trois de mes adversaires quand un petit groupe arrivé à ma hauteur se précipita sur mes jambes et les entravèrent. Par conséquent, je m’étalais lourdement par terre. Mon épée m’échappa et glissa jusqu’au bord du petit promontoire et tomba tout en bas. Me débarrassant des petits énergumènes à grands coups de pieds, je rampais péniblement et regardais par-dessus le petit plateau. A plusieurs dizaines de pieds plus bas, mon épée s’était brisée en nombreux éclats. Seul et désarmé face au trollotins, je ne savais plus trop quoi faire, quand soudain, un éclat de lumière argentée m’interpella. Je pus voir alors, près des cuves de fontes, l’épée de Falandel, posée sur un support recouvert de velours rouge. Ni une ni deux, je me relevais brutalement, envoyant valser les bestioles qui avaient commencé à s’entasser sur mon dos afin de m’immobiliser. Je pris mon élan et sautais dans le vide. Je fermais les yeux, m’attendant à m’écraser au sol avec la lourdeur d’un ogre avant d’hiberner. Mais ce ne fut pas le cas, l’atterrissage se fit tout en souplesse. Mais les bestioles furent plus rapides. Une grande partie d’entre elles m’attendaient en bas pour m’accueillir. Il se jetèrent sur moi avec ardeur. Je me débattis de mon mieux, distribuant à tour de bras coups de pieds et coups de poings. Mais le nombre me submergea rapidement. Les trollotins m’immobilisèrent. A présent ils me tenaient fermement, m’empêchant de faire le moindre geste. Ils me firent tomber au sol et posèrent ma tête sur une enclume. Le métal brûlant me grilla légèrement la peau, mais c’était bien là le cadet de mes soucis. Au-dessus de ma tête, un des trollotins venait de brandir une épée prêt à frapper. Je me débattis de nouveau, sans succès. Je vis arriver mon heure avec inquiétude. Je fermais les yeux. Pour moi il n’était pas temps de mourir, j’étais encore jeune, j’avais beaucoup de choses importantes à vivre. Je n’avais pas encore demandé pardon à Arilia pour mon comportement, je ne m’étais pas non plus excusé auprès de Sayuri pour mes paroles brutales. Je souhaitais revoir mon père une dernière fois, je souhaitais par-dessus tout le rendre fier et devenir l’homme que j’étais destinée à être. Je serrais les dents. J’entendis la lame siffler, mais elle ne tomba pas. Le trollotins poussa un gémissement furieux et une odeur de cochon grillé vint à mon oreille. J’ouvris les yeux, les autres créatures avaient relâché leur étreinte. Mon ex-bourreau se tordait de douleur, transformé en torche trollienne. Victorieux, je me relevais, me débarrassant des derniers trollotins qui me retenaient vaguement. Ma flamme avait encore frappé, j’ignorais de quelle manière elle était apparût et me promis d’apprendre à contrôler mon pouvoir avant de me précipiter vers l’épée de Falandel. Je saisis le manche de l’arme, poursuivit de près par les bestioles qui s’étaient ressaisis. Empoignant l’épée à deux mains, je fit un grand mouvement circulaire et décapitais une bonne dizaine de trollotins. S’ensuivit alors une bataille féroce, assaillit de toutes pars, par en haut par en bas, de tous les côtés, je trucidais mes adversaires avec une simplicité époustouflante. J’ignorais si ma rapidité et ma souplesse étaient dû à ma métamorphose en elfe ou à la légèreté de mon arme. Parfaitement à l’aise, je décimais les créatures sans faiblir. Les cris fusaient, le sang coulait sur ma lame, bientôt, certains trollotins s’enfuirent tandis que les autres, plus courageux continuaient de lutter. Alors que la petite armée qui s’&eac