
Il était tard le soir lorsque je décidais enfin de m’arrêter. J’étais parti en début d’après midi, après avoir usé de milles ruses afin de pouvoir échapper aux habitants de Jussey qui avaient tout mit en œuvre pour m’empêcher de quitter la ville. Ils avaient investi la cour du château où il donnèrent place à une festivité grandissante. J’avais réussi à me glisser avec difficulté dans l’un des passages souterrains connus uniquement par les habitants du palais. Monté sur mon cheval, j’avais voyagé durant de longues heures avant de m’installer pour la nuit aux abords d’une petite forêt d’où provenait le chant doux d’un ruisseau. Ma monture et moi avions soif et faim, aussitôt dessellé, Flèche se mit à dévorer avec avidité d’épaisses touffes d’herbe fraîche. J’étais moi aussi affamé et me saisissant sans cérémonie d’une miche de pain et d’un morceau de viande séché, je les engloutis. Repu, j’attrapais ma gourde et en avalais goulûment une partie du contenu avant de tout recracher par terre. Incrédule, je regardais l récipient comme si cela allait me permettre de savoir ce qu’il avait contenu. Le vin que je venais d’ingurgiter me fit tourner la tête. Vidant le reste de la gourde au sol avec une grimace de dégoût ( je détestais le vin et presque tous les produits dérivés ) et pensais que dorénavant je vérifierais de quel genre d’outre je me sers dans les cuisines. Je me levais et me dirigeais vers le ruisseau qu’on entendait couler, un affreux goût persistant dans ma bouche. En entrant dans le bois je m’aperçu qu’il s’agissait d’une rivière calme, dans laquelle se reflétait la lune. C’était un lieu magnifique, presque magique. Si j’avais vu quelques petites fées aux ailes cristallines voler de ci de là, cela ne m’aurait en rien étonné. Néanmoins, aucune de ce genre de créatures ne se montra et je me penchais sur l’eau pour boire et remplir ma gourde. C’est an me redressant que je la vis. Elle était belle et gracieuse, et dans ses yeux d’un bleu étonnamment pâles aux milles reflets d’argent se lisait une profonde mélancolie. C’était une femme aux longs cheveux blonds, et dont la peau était si blanche qu’elle en paraissait presque transparente. Elle ma regardait fixement sans même me voir, comme si j’étais invisible. Elle avançait lentement vers la rivière d’un pas léger. Elle s’agenouilla au bord de la source et y plongea la main. Ce que je vis alors me surprit à tel point que je cru que mes yeux me jouaient des tours. Le membre de la jeune femme semblait se dissoudre dans l’eau en une longue traînée blanche. Ebahit, je fis un pas en arrière, bouche bée. Cette inconnue me paraissait de plus en plus étrange, elle avait même l’air irréelle. Comme pour m’en assurer, ce qui était en fait très probablement le cas, je m’approchais d’elle. Elle semblait ne toujours pas me voir alors que je traversais tant bien que mal la rivière. Arrivé sur l’autre rive, je me penchais sur la femme et posais sa main sur son épaule. Je me suis alors retrouvé à battre l’air de mon autre bras, cherchant à retrouver l’équilibre. En effet, je n’avais trouvé aucun appuis, mon bras était même comme engloutit par le corps de l’étrangère. Elle tourna lentement son regard vers moi. Une douleur fulgurante s’empara de moi, telle une brûlure interne. La douleur me déchira tout le corps, j’eu l’impression que toutes les foudres du ciel s’abattaient sur moi. Ma vue se troubla. Ma tête me tournait horriblement, mes oreilles sifflaient et ‘étais pris de bouffées de chaleur. Je me sentis vaciller et soudain, ce fut le noir complet.
_Il a perdu connaissance… croyez-vous vraiment qu’il soit temps pour lui votre altesse ?
_La douleur est puissante, c’est normal qu’il réagisse de telle manière. De toutes manières, nous n’avons plus le choix, c’est lui qui déclenchera l’évolution des autres. Son bras est brûlé, il me semble qu’il est prêt… Le dernier ne devrait pas tarder à se réveiller… Quelqu’un vient, partons, il sera encore temps de lui expliquer plus tard !
Deux personnes parlaient à coté de moi. Des bruits de pas et des appels se firent entendre, les autres voix s’effacèrent. Quelqu’un se rapprocha, après, je ne me souviens plus…
Le clapotis de l’eau était doux et me berçait. J’ouvris les yeux doucement mais les plissais aussitôt, éblouit par le soleil. Je me protégeais des rayons de l’astre du jour avec mon bras droit et m’aperçus qu’il était pansé. Ma tête reposait sur des racines. Je me redressais et m’adossais à l’arbre derrière moi. Je balayais les alentours du regard. Flèche, mon cheval paissait tranquillement non loin de moi et dans la rivière, une jeune fille se baignait.
_Arilia ?
A l’appel de son nom, elle tourna son visage vers moi. Elle ouvrit de grands yeux et poussant un cri strident se plongea dans l’eau, ne laissant ressortir que sa tête. Tout en continuant de hurler, elle s’empara de galets et de cailloux qu’elle me jeta dessus de toutes ses forces. Abritant ma tête sous mes bras je filais me cacher derrière les arbres. Quelques temps plus tard, Arilia vint me retrouver. Elle était habillée d’une chemise blanche, d’un pantalon en toile et de grandes bottes montantes. Ses joues étaient légèrement roses et elle me regarda d’un air gêné.
_Oh… Euh… Salut Arilia, j’suis content de te revoir ! fis je en souriant.
Elle me lança un regard noir.
T’aurais pu me prévenir que tu quittais la ville plutôt que de t’enfuir comme un voleur ! me dit elle sur un ton de reproche.
_Bah… Euh… Ouais, mais t’étais pas là quand je l’ai dit aux autres, et j’ai préféré ne pas venir à l’auberge, tu connais Flore, elle m’aurait empêché de partir par tous les moyens !
_Ca aurait peut être été mieux ! T’avais l’intention de partir en me laissant toute seule, tu crois vraiment que ça m’amuse ? C’est vraiment pas sympa, moi aussi je suis concernée par cet accident, je suis tout aussi responsable que toi dans la mort d’Yvan ! répliqua-t-elle avec colère.
_Calme-toi, je ne voulais pas te faire de la peine, ni te frustrer ! je fis un pas en arrière, parfaitement conscient de la dangerosité des colères d’Arilia.
_C’est ça, eh bien quoi qu’il en soit, je pars avec toi !
_Ah oui… Bien sûr… Quoi ? Mais…
_ Et quoi que tu en dise je te suivrais ! me coupa t elle sèchement.
_Très bien, puisque c’est ce que tu veux…
_On est d’accord, c’est parfait ! conclu-t-elle avec un air satisfait.
_Euh… Au fait, comment m’as tu retrouvé ?
_Eh bien, c’est simple, je suis rentrée à l’auberge après avoir cherché Yvan toute la journée dans la forêt. Des gens qui étaient présent lors de ton discourt étaient en train de rapporter tes dires à Flore. J’ai aussitôt attrapé mes affaires, mon cheval et je suis parti. Quelques voyageurs m’ont dit t’avoir vu et m’ont indiqué le chemin que tu avais prit. C’est hier soir tard dans la nuit que j’ai aperçut Flèche en passant par-là. Il paraissait très agité et il m’a entraînée jusqu’ici où je t’ai trouvé étendu sur le sol avec d’abominables brûlures tout le long de ton bras droit. Je les ai soigné d’ailleurs.
J’observais le bandage et remerciais mon amie. J’avais beaucoup de choses à raconter à Arilia et j’étais fatigué. Nous décidâmes donc de rester ici pour la journée et d’y passer la nuit.
Le soir venu, après avoir fait d’un lièvre un maigre dîner, nous prîmes nos couvertures et nous nous couchâmes, en prévision du long voyage qui nous attendait le lendemain. L’eau de la rivière nous berçait de son chant doux et paisible. Arilia était endormie depuis longtemps et je commençais tout juste à somnoler quand, lentement, un autre chant que celui de la source se fit entendre. Il était langoureux et mélodieux, de magnifiques voix émergèrent de nul part, tel un appel mystérieux. Ne pouvant y résister, j’ouvris les yeux et me redressais. Je balayais les lieux du regard, et soudain, comme sortit du néant, la même jeune femme que la veille apparut. Elle s’avança de nouveau vers moi et s’arrêta en me fixant. Quelque chose sur elle que je n’avais pas remarqué avant me surpris, elle arborait en effet de longues oreilles pointues. Perdu dans cette contemplation, je n’avais pas vu tous les êtres sortis de nul part eux aussi et qui comme l’inconnue portaient ces étranges oreilles. Ils étaient tous d’une beauté surprenante. Tous habillés de beaux habits d’étoffes riches et de soies rares, hommes et femmes portaient de longs cheveux qui encadraient leur visage angélique. Devant moi se dressait tout un peuple elfique. Il s’agissait de « Grands elfes « , une communauté disparut depuis près de mille ans, suite à la grande guerre qui mit Artang à feu et à sang. Il existe deux catégories d’elfes. Les Grands elfes, plus connus sous le nom d’Anciens et les petits elfes, qui vivaient sans se cacher, et que l’on rencontrait la plupart du temps aux cotés de korrigans plaisantins. Ces derniers peuplaient par milliers la forêt d’Artang. Mais revenons en au fait, je me trouvais donc face à un peuple sensé avoir disparut depuis longtemps et qui m’observait fixement, sans interruption. La jeune femme de la veille se tourna vers ses congénères et parla d’une voix étrangement cristalline. Elle communiquait par un langage inconnu que je comprenais en partie malgré cela. Tout ce que j’avais pu saisir dans ses dires furent les mots « élus », « sceau » et « pouvoir ». En fait, si j’avais un peu plus fait attention, j’aurais certainement compris entièrement les paroles de l’elfe, mais j’étais surtout occupé à réveiller Arilia qui était plongée dans un profond sommeil.
_ Arilia bouge-toi, j’crois que j’ai des visions ! Faut qu’tu voies ça, comme ça je serais sûr si j’rêve pas !!!
_ C’est inutile jeun élu, elle ne s’éveillera pas, sa force magique n’est pas assez grande pour pouvoir résister aux ondes soporifiques de nos chants.
Je me suis alors tourné vers l’homme qui venait de parler. Il était habillé d’une longue toge gris-vert et possédait de longs cheveux blonds-roux.
_ Quoi quoi quoi ??? Comment ça « élu » ? C’est quoi votre histoire là ? m’exclamais-je fébrile.
_ Approche Ardeyn, nous allons t’expliquer. Me répondit l’elfe sur un ton toujours calme.
Le nom qu’il avait prononcé n’était pas le mien, pourtant il résonnait dans ma tête comme si je l’avais toujours entendu. Je fixais mon interlocuteur avec insistance quand une lueur étrange venue de ma droite détourna mon attention. En regardant d’où elle provenait, j’eu la désagréable surprise de découvrir que c’était le bandage de mon bras qui avait prit feu. Je poussais un cri et me débarrassais aussitôt du pansement enflammé. Perplexe, je contemplais mon bras, je n’avais pas ressentit la moindre douleur et je ne portais pas de trace de brûlure. Suspicieux, je m’avançais vers le groupe d’elfe.
_ Expliquez-vous ! fis je en tendant le bras.
_ Il n’y a rien à expliquer, c’est simpliste, ton pouvoir s’est enfin éveillé. Déclara l’elfe.
_ Pourriez vous être plus clair si c’est pas trop vous demander, il me semble ne pas avoir tout bien saisis ! répliquais je aussitôt avec une mimique moqueuse.
_ Sais tu qui nous sommes jeune seigneur ? questionna la femme avant que l’homme ait eu le temps de me répondre.
_ Quoi ? Bah euh… Vous êtes des elfes non, des Anciens.
_ Exactement ! Et toi, sais tu qui tu es ?
_ C’est quoi cette question ? Bien sûr que je sais qui je suis… Eh, un instant, vous m’avez appelé « jeune seigneur » tout à l’heure, comment cela se fait-ce ? ( fesse XD )
_ Nous savons beaucoup de choses à ton sujet.
_ Vous m’espionnez ?
_ Pas vraiment, mais il est important pour nous de te connaître.
_ …
_ Bien, tu as l’air décidé à nous écouter. Pour commencer, je crois qu’il est nécessaire de t’en apprendre un peu plus sur tes origines.
Je la regardais, j’étais blasé et fatigué d’essayer de comprendre. Je lâchais un soupir et répondis.
_ Allez-y.
_ Eh bien, autant être direct, tu es toi aussi un Ancien.
_ C’est ça, et mon père est un korrigan… Quoi ?! Vous voulez dire que je suis un elfe !?
J’avais crié tellement fort que les chevaux qui dormaient paisiblement firent un sursaut dans leur sommeil.
_ C’est bien cela en effet, ton nom d’elfe est par ailleurs Ardeyn. Fit la femme en souriant.
_ Ok Ok, elle est très bonne celle la, bon sans rire, qu’est ce que vous vouliez me dire ?
_ Je ne plaisante pas, tu es réellement l’un des nôtres !
_…
_ Je vais me présenter, mon nom est Aïsya, je suis la souveraine du peuple des Anciens. Malheureusement, étant de constitution fragile, je ne peux quitter notre cité où l’air est pur qu’à de très rares occasions. Je n’ai donc eu d’autres choix que de me présenter à toi sous forme de spectre.
_ Waw, sans blague, vous êtes capable de faire un truc pareil.
_ Evidemment. Mais ce n’est pas important, voici Guariss, mon conseiller, qui lui en revanche est en chaire et en os !
L’intéressé n’était autre que l’homme à qui j’avais eu affaire auparavant. Il inclina la tête vers moi en signe respectueux de salutation. Les présentations faites, la douce reine reprit alors :
_ Nous devions te parler car tu es le plus important des élus !
_ Concrètement, qu’est ce que tout cela signifie ?
_ A l’origine, vous êtes quatre élus ; Le représentant du feu, toi en l’occurrence, le possesseur du pouvoir de l’air Yurian ou Yvan qui, j’en suis fort peinée, nous a quitté. Il y a ensuite ton amie Arilia, qui détient la force de l’eau et pour finir Amiss, détenteur de l’énergie de l’air et il est aussi le fils de mon conseiller.
Elle se tourne vers les siens et d’un signe délicat de la main, elle incite l’un d’eux à nous rejoindre.
_ Viens jeune Amiss, il est temps pour toi aussi.
Dans l’assemblée, une jeune femme au visage angélique encadré de longs cheveux bleus et portant un fin diadème d’argent poussa une silhouette encapuchonnée. Celle ci s’avança et ôta sa capuche. C’était un jeune homme, possédant comme son père de très beaux cheveux blonds-roux. Il avait un visage très doux et portait un anneau d’or à l’une de ses longues oreilles. Il inclina la tête et je lui rendis son salut d’un vague signe de main. Je reportais mon attention sur la reine des elfes alors que celle ci reprenait sans attendre :
_ Toi Ardeyn, tu possède le pouvoir le plus puissant, tu es le meneur, et comme il se doit, c’est toi qui t’es éveillé le premier. Normalement, c’est le fils de l’air qui aurait dû se réveiller en second temps, mais comme il n’est plus de ce monde à notre grand damne, vous devrez donc mener votre quête sans lui…
_ Une quête ? fis-je perplexe.
_ Oui, Amiss vous conduira sur les routes que vous devrez prendre, et lorsque l’eau aura prit pleinement conscience de son don, Amiss vous expliquera clairement en quoi consiste cette quête.
_ Quoi ? Quoi ? Mais attendez !
Le peuple elfique s’éclipsa peu à peu par où il était venu. L’image d’Aïsya se troubla puis s’estompa complètement. Guariss fut le dernier à disparaître seul Amiss resta. Le chant elfique résonna encore quelques instants puis s’atténua doucement pour finir par se taire. Pendant ce temps là, Amiss et moi nous fixions sans ciller. Une fois que plus rien ne laissait paraître la venue des elfes, Amiss ses décida à parler :
_ Je suis navré, tout ceci doit être plutôt brusque et inattendu pour toi.
_ Hum… Oui, pas mal en effet, mais je suppose que je dois m’attendre à pire.
_ C’est fort probable.
_ Bon, et pour ce qui est d’Arilia, on fait quoi, elle dort toujours !
_ Nous allons attendre l’aube, quand elle se réveillera nous partirons vers l’Ouest. Il serait préférable que tu te reposes toi aussi.
_ Et toi ? Que vas tu faire ?
_ Je veillerais sur votre sommeil, je me suis pleinement reposé aujourd’hui en prévision de ton éveil.
_ Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, je pensais plus à ce que tu allais dire à Arilia au sujet de ta présence inopinée !
_ Oh ! Euh… Je n’aime pas mentir mais nous n’aurons qu’à dire que je suis l’un de tes amis !
_ Impossible, Arilia et moi faisons presque tout ensemble depuis qu’on est tout petits, elle connaît tous mes amis !
_ Hum… Ce n’est pas grave, je vais réfléchir le temps que la nuit se finisse, je vais forcément trouver quelque chose.
_ Vraiment ? Je crois me souvenir que les elfes ne sont pas doués pour le mensonge.
_ Mais c’est une chose qui s’apprend non ?
_ Si, mais pas en une demi-nuit !
_ Ne te fais donc pas de soucis, je vais m’en sortir.
J’haussais les épaules et partis me coucher. Je ne connaissais pas ce garçon, mais malgré cela, je lui faisais entièrement confiance. Mais de nombreuses questions me trottaient dans la tête. Au bout d’un petit moment de réflexions migraineuses, je finis par me dire qu’il serait toujours temps de poser mes questions le lendemain. Calmé, je pus enfin m’endormir.